LE TRAVAILLEUR CATALAN

©Alix  Vinegla

Michaël Georget explique comment il convertit les vignes en plusieurs étapes pour cultiver sans aucun traitement en misant sur le long terme.

Michaël Georget est viticulteur dans le département depuis 2012. Originaire de Chinon, c’est à l’âge de 12 ans que la vocation lui est venue. À 15 ans, il s’imbibe de l’état d’esprit de son maître d’apprentissage pour ensuite développer ses propres méthodes. Aujourd’hui, sa culture de la vigne se fait sans produit aucun, prenant avantage de l’adaptabilité des végétaux aux conditions de l’environnement, même dans les endroits les plus arides.

 Où sont situés vos vignobles et quels vins produisez-vous ?

 J’ai deux lieux : Laroque des Albères et Céret. De plus je produis aussi un vin naturel sur Collioure où il est soi-disant impossible, vu l’exposition au soleil et l’absence d’herbe, de cultiver en agroécologie sur sol vivant comme je le fais.

 Je produis des vins naturels qui ne sont ni filtrés ni collés et peuvent donc contenir des dépôts ou suspensions. Ces vins atypiques sont hors cadre des AOC. Ce sont des Vins de France avec l’appellation Côte du Roussillon.

Avez-vous reçu une formation en culture bio ?

 Lorsque j’ai commencé mon apprentissage, c’était déjà le début de la Bio. Mais la famille chez laquelle j’apprenais était de ces viticulteurs en polyculture qui pensaient que la Bio était une escroquerie. Ils cultivaient des asperges, des céréales pour les animaux et utilisaient des levures naturelles en se basant sur des méthodes ancestrales. De fait, ils étaient déjà plus loin que le bio et ils y étaient arrivés par eux-mêmes. La priorité était à la cohérence agricole. J’ai grandi dans ce mouvement où le temps ne compte pas pareil.

 Vos pratiques sont-elles celles de la permaculture ?

.Je dirais plutôt « agroécologie et biodynamique » ou « plantes pérennes »

Le sol vivant est la base : on ne retourne pas la terre en profondeur. Les végétaux doivent pouvoir communiquer entre eux pour s’adapter à l’environnement et lutter contre les maladies. Les rhizomes sont le garant de ces échanges.

Il y a aussi l’écopâturage. À Laroque, j’ai des chevaux et à Céret, des brebis et des chèvres. Ils nettoient les vignes entre autres.

Avec l’agroforesterie, les vignes ne sont pas exposées au soleil comme avant. Il s’agit d’une autre méthode qui prend soin des plantes. Je laisse le temps aux porte-greffes en pieds américains de bien s’installer dans le sol et ne les greffe sur place que lorsque les ceps ont pris de la force. J’ai mis des fruitiers dans les vignes pour structurer le sol et faire de l’ombre. L’herbe est un peu une casquette : elle protège.

Le sol vivant peut stocker le carbone. Il est plus poreux. L’eau vient plus profond. Tout cela est important pour le climat. Comme dans le maraîchage en permaculture, les plantes mortes autofertilisent le sol ; c’est ce qui donne le goût à la vigne.

Vos vins intéressent-ils les œnologues ? Portent-ils un label ou une certification ?

Le monde de l’œnologie progresse. Des œnologues viennent à présent dans des caves exprès pour les vins naturels. Ce sont des vins qui peuvent prendre de l’âge. Certaines de mes bouteilles ont 10 ans. Dans les commerces, il est souvent difficile de faire un choix. Un logo permet alors aux amateurs de s’y retrouver. Cependant mes vins ne portent pas d’étiquette « bio » car ils sont au-delà du bio et leur commercialisation passe par d’autres circuits.

L’agriculture bio tolère le soufre et le cuivre. Pouvez-vous vous en passer ?

 On ne peut pas adapter un vignoble déjà planté à une agriculture naturelle en quelques jours. Les trois années d’accompagnement que prévoient les mesures pour la transition écologique ne suffisent pas à aller au bout du processus, surtout dans les Albères où l’humidité ralentit la conversion. Il faut laisser le temps aux plantes de s’adapter. Dans un premier temps on désherbe à la main au pied des ceps pour éviter le conflit entre végétaux, puis on arrête. Il en va de même du soufre et du cuivre. On diminue les doses progressivement pour que la plante apprenne à se protéger d’elle-même. Je ne juge pas ceux qui se servent du soufre et du cuivre en bio. Il faut commencer par interdire les produits chimiques du traditionnel, ce sont les plus dangereux.  Les produits polluent la plante et altèrent le goût du vin.

Est-ce réaliste de penser que l’on puisse convertir tous les vignerons à vos méthodes ? Quels sont les freins ?

 Il y a de nombreux avantages aux méthodes pratiquées en sol vivant, c’est une voie que beaucoup de vignerons cherchent. Il leur faut apprendre – et surtout désapprendre – avant de mettre en œuvre. J’ai fait mon propre chemin. On y gagne en capital santé. Je pense bien sûr d’abord à la santé des consommateurs mais les produits rendent aussi les agriculteurs malades et les tracteurs usent le dos.

Le passage du conventionnel aux méthodes naturelles est long et c’est mal vu de laisser l’herbe car le labour est ancré dans les mentalités. Les viticulteurs n’aiment pas être jugés. C’est plus difficile encore dans les régions où des dynasties de viticulteurs font loi. Difficile par exemple de laisser les vignes en herbe à côté des grands crus bourguignons.

Pour de meilleures pratiques à l’avenir, il faut systématiquement enseigner les cultures naturelles en école agricole.

 D’un point de vue économique, est-ce possible ? Comment faites-vous pour en vivre ?

 Le sol vivant, c’est l’avenir de l’agriculture économique. Ce ne sont pas les subventions qui nous font vivre. La Bio est légèrement avantagée par l’Europe mais l’aide est prévue pour l’achat d’outils et des conseils. Or on doit souvent fabriquer un outillage adapté et le cheval nous aide jusqu’aux vendanges qui se font à la main.

On ajuste le rendement en fonction des dépenses et nos méthodes génèrent des économies. Nous n’achetons pas d’engrais, nous ne labourons pas donc pas de tracteur ni de pétrole dans nos dépenses.

Les ceps américains s’adaptent bien ici. Une vigne conditionnée comme un arbre, ça ne meurt pas ! Ne pas arracher et replanter tous les vingt ans, c’est aussi une économie. Mes greffes viennent du Roussillon et de Catalogne où des cépages anciens sont adaptés à la région. Il faut miser sur la durabilité ; chaque viticulteur peut développer un vignoble pour que ce soit un bien transmissible sur des générations.

Pour la vente, je travaille localement avec des AMAP qui ont des contrats vin. Aussi sur des marchés bio et locaux. Mais cela ne permet pas de se développer. Je travaille surtout sur Paris, aussi sur d’autres villes et dans dix pays. Mes clients sont essentiellement des cavistes et des restaurateurs qui expliquent directement mes pratiques. Ce sont des vendeurs passionnés !

Propos recueillis par Veronika Daee

 
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