LE TRAVAILLEUR CATALAN

Estagel. Quelques jours après le gel, les viticulteurs de la vallée témoignent et s’engagent pour l’avenir. 

Dimanche matin, une centaine de vignerons, avec leurs amis, épouses et élus des villages proches se sont rassemblés à Estagel pour témoigner des dégâts subis dans leurs vignes. Il y avait là des « petits » propriétaires exploitants, des grands domaines, des caves particulières et des coopérateurs, de Latour, Estagel, Maury, Saint- Paul… Pour quelques-uns, peu ou pas impactés par le froid, il s’agissait d’affirmer leur solidarité à l’égard de ceux d’entre eux plus gravement atteints. Pour certains, ce sera 100 %. L’ambiance était grave. 

Témoignages 

Pour le « Pastadou », biscuitier à Saint Paul, après avoir exploité un grand domaine puis réorganisé sa vie professionnelle, ne gardant que quatre hectares, les choses sont simples : « Toute la vallée est touchée. Les conséquences seront graves. Très peu impacté moi-même, Je suis venu en soutien et solidarité ». C’est une autre histoire que décrit Irma Balaguer, qui exploite le grand domaine Desperet. « J’ai 30 hectares en bio. Je suis touchée à 100 %. Il n’y aura pas de récoltes, mais il y aura quand-même du travail à accomplir, et il y a quatre salariés sur le domaine. Les deux années à venir seront très difficiles. On ne sait pas trop comment les calculs d’indemnisation seront faits. C’est l’incertitude ». Elle poursuit en questionnant : « Y aura-t-il des mesures d’accompagnement de chômage partiel ? ». Laurent Marquier, 11 hectares en bio (2,5 ha abîmés), l’un des porte-parole du collectif, est intarissable : « Il y aura quand-même du travail dans les vignes touchées, et les conséquences sur les récoltes toucheront aussi 2022. les calamités se suivent depuis quelques années, dont la sécheresse et le coup de chaud de l’année passée. Depuis 5 ans, on a pas eu une année correcte ». Il évoque ensuite la question des indemnités et des assurances dont parlent les autorités : « C’est très cher, et, pour chaque hectare, il y a 30 % de franchise à la charge de l’assuré. C’est pour cela que peu sont assurés. Ma femme travaille. Heureusement. Depuis plusieurs années, je me file 500€ par mois. Seul, j’aurais déjà arrêté ». Galdric est jeune, 28 ans, il exploite 7 hectares en bio depuis 4 ans, et vinifie, en cave particulière, dans le domaine Pons Gralet : 

« Je suis touché à 60 % et aujourd’hui, nous vivons au jour le jour. Mais les gros problèmes, c’est pour 2022 et 2023. N’oublions pas la question des saisonniers qui apportent chaque année à l’économie locale. Il y en aura beaucoup moins, forcément ». 

Interrogations, attentes et avertissements 

A propos des procédures, des promesses faites par l’État lui-même, des lenteurs et de l’inexplicable exclusion de la vigne des procédures « calamités agricoles », l’inquiétude est tenace. « Nous n’avons encore vu personne, pour l’expertise des dégâts »précisait un exploitant. Lors de la prise de parole au nom du collectif, Laurent Marquier déclarait: « Nous tenions à vous dire que notre action ne sera pas qu’un feu de paille. Nous resterons vigilants et saurons nous rappeler à leur bon souvenir si nous constatons que rien ne bouge… ». 

M. M. 

 
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