LE TRAVAILLEUR CATALAN

Notre société est malade des politiques néolibérales.

Il n’y a rien à attendre du néolibéralisme. Il faut changer de paradigme civilisationnel. Les forces collectives doivent y travailler ensemble et solliciter toutes les forces individuelles disponibles. Tout peut commencer dès « le jour d’après ».

Le point de départ des réflexions qui vont suivre, c’est qu’il n’y a rien à attendre du système économique et social actuel. Quelques qualificatifs peuvent rendre compte des tares de ce système, désigné ici par le terme « néolibéralisme » : aliénation, exploitation, rentabilité, marchandisation, financiarisation, privatisation, productivisme, consumérisme, pollution, austérité, chômage, précarité, inégalité, injustice, autoritarisme… La liste n’est certainement pas exhaustive. Je pose qu’il n’y a plus rien à attendre de ce système et qu’il faut s’en débarrasser. Je sais que la brutalité de cette sentence peut heurter celles et ceux qui, tout en étant très critiques à l’encontre de ce système, espèrent qu’il sera encore possible de l’amender, de le réguler, voire de le contrôler. Qu’ils veuillent bien m’excuser, mais ce n’est pas à eux que je m’adresse, mais à celles et ceux qui, comme moi, n’ont plus à être convaincus de la nocivité du néolibéralisme et qu’il faut changer de paradigme civilisationnel.

Forces collectives et forces individuelles

La première condition, c’est la confrontation des analyses et des propositions de toutes les forces qui se réclament du postulat que j’ai énoncé. A tout autre terme, je préfère celui de « forces », en ne les limitant pas aux forces collectives -partis,syndicats, associations, mouvements, collectifs- mais en incluant les forces individuelles. Avec la catastrophe sanitaire, nous assistons à une explosion de tribunes émanant de personnes (sociologues, philosophes, anthropologues, économistes, historiens, spécialistes et praticiens de la santé, environnementalistes, climatologues…) qui, sortant de leur réserve habituelle, assortissent leurs savoirs professionnels de considérations politiques. La pression des événements actuels, hors du commun, y est certainement pour beaucoup, mais pas seulement. Cela correspond aussi à un besoin nouveau d’expression citoyenne qui s’était particulièrement illustré avec le mouvement des Gilets jaunes. Beaucoup de ces contributrices et contributeurs ont leur place dans le combat pour la construction d’un projet de transformation sociale. Il est de la responsabilité des forces collectives de leur proposer des modalités de participation d’où serait exclu tout risque d’instrumentalisation. La chose n’est pas évidente, tant les tentatives de récupération ont été fréquentes dans l’histoire de la gauche.

Commencer dès le « jour d’après »

Pour l’heure, et malgré l’extrême urgence, les forces collectives n’en ont pas fini avec les suspicions, les préséances, les près-carrés et les prétentions hégémoniques. Réussiront-elles à faire ensemble un premier galop d’essai pour préparer la période faisant directement suite au déconfinement ? Pour le moment, chaque parti y est allé de ses propositions. On dispose actuellement de trois livrets explicitant chacun les propositions du PCF (auxquelles il faut ajouter les 75 mesures d’urgence du groupe des députés GDR), La FI et EELV. Sous bénéfice d’inventaire, il y a des convergences notables entre elles. De leur côté, les groupes parlementaires ont déposé, chacun séparément, des propositions de loi : six par le groupe socialiste, cinq par les communistes et quatre par celui de La FI. Ce travail législatif se poursuit. Ici encore, des convergences sont vérifiables. Ce que l’on est en droit d’exiger de leur part, c’est qu’au moins ces convergences soient finalisées dans un document commun. Et qu’on ne vienne pas nous dire que la tâche serait insurmontable. Notre société est malade des politiques néolibérales. Avec la catastrophe sanitaire, elle est en train de creuser sa tombe. Les forces collectives n’auraient aucune excuse si elles n’étaient pas foutues de travailler ensemble. Il n’est pas exclu que l’aboutissement de ce travail puisse infléchir les dispositions politiques que le macronisme prendra lorsqu’un semblant de normalité se présentera. Mais, il ne faut pas rêver. On voit mal un pouvoir qui n’a juré que par la Bourse et le CAC40, changer substantiellement de cap pour prioriser l’Humain.

Cette première étape, qui consisterait à se mettre d’accord sur les mesures à prendre pour la période, plus ou moins longue faisant suite au déconfinement, ne serait que les prémices de ce qu’il faudra faire pour changer de paradigme civilisationnel. A lire les projets de société des uns et des autres, on imagine aisément que la tâche sera ardue. Mais ne demandons pas la lune, qu’ils commencent donc par « Le jour d’après ».

Roger Hillel 20 avril 2020

 
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