LE TRAVAILLEUR CATALAN

Mariana Lézin
Mariana Lezin, directrice artistique de la compagnie Troupuscule et du Théâtre des possibles.

Compagnie théâtrale P.-O.. Mariana LEZIN, directrice artistique de la compagnie TROUPUSCULE et du THÉÂTRE DES POSSIBLES, accueille le Travailleur Catalan dans cette belle salle implantée dans le quartier Saint Martin de Perpignan. Volubile, pleine d’une énergie et d’un enthousiasme communicatifs Mariana nous fait faire le tour des lieux et répond à nos questions.


TROUPUSCULE théâtre, théâtre des POSSIBLES, comment commence l’aventure ?

 J’ai créé TROUPUSCULE en 2005. C’était important pour nous de créer cette compagnie lorsque moi, j’étais encore à Paris. Mais Paris était saturée de compagnies, et pour moi, c’était une évidence de revenir ici. C’était important à mon sens, d’avoir un esprit de troupe. C’est comme ça que j’imaginais pour moi mon avenir dans le théâtre et il s’est avéré que ça a été plus compliqué que ce que je pensais parce que les équipes tournent sur de nombreux projets.

Difficile aujourd’hui de garder des comédiens à demeure ?

Plus possible, carrément. Et tu vois, moi, j’étais empreinte du système Café de la Gare. J’avais dans la tête des équipes comme ça. Et aujourd’hui ce système n’est plus possible. Et ça n’a pas fonctionné comme ça. Alors je travaille avec un noyau de réguliers. Nous sommes une équipe de 6 ou 7, entre l’artistique et l’administration. Des intermittents du spectacle. Ce statut est important pour moi. Et ce sont les projets qui m’intéressent. Et les thématiques. Je pense que ce sont les thématiques qui ont fait tenir mon désir de créer. Finalement, la raison pour laquelle j’ai créé une compagnie c’est de réaliser un travail de troupe.

Qu’est ce qui guide ton choix d’auteurs, de pièces ?

 Au tout début, quand j’ai créé la compagnie, j’ai travaillé sur des textes d’auteurs classiques. Feydeau, Labiche. Le vaudeville, j’adore ça. Et puis, ça me faisait moins peur parce que tu te dis bon, tout a déjà été fait. Donc tu fais la paix avec ça. Et puis, j’avais chopé le truc, de monter mes Feydeau et mes Labiche, Audiberti aussi, comme des cauchemars. Et j’ai été à bonne école, au cours Florent, avec des profs comme Benoît Guibert, Michel Fau.

 Comment s’est passée la transition vers le théâtre contemporain ?

J’étais au comité de lecture du Tarmac de La Villette et donc là, j’ai eu des manuscrits dans les mains. J’ai découvert la richesse de l’écriture contemporaine, et j’ai eu le déclic. Le premier que j’ai monté c’était « Le boxeur » de Patrick Saucier, un Québécois, et je crois que ça m’a décomplexé ça, tu vois ? Personne n’a travaillé dessus. Je ne souffrais pas de la comparaison. (Rires) « Le boxeur » c’est un texte très, très engagé et j’ai découvert mon désir de travailler sur des thèmes sociétaux forts.

 « Le boxeur » premier texte contemporain, et le dernier en date ?

C’était à l’Archipel il s’appelle « Morphine », c’est une adaptation de deux textes de Boulgakov. Là, pour le coup, ce n’est pas très contemporain, bien que les thématiques et cette manière qu’il a d’écrire soient ultra-contemporaines, à mon avis. Avec ces deux nouvelles-là, on est dans la question de l’addiction. La notion de choix, de maladie, à partir de quand on tombe dans un gouffre, et comment on peut se faire complètement absorber par une addiction, par la solitude. On a encore 60 dates à Paris qui étaient prévues, donc ce spectacle vit toujours, et même si le projet suivant commence à germer, on est encore en plein dedans.

 Tu peux nous en dire un mot de ce projet ?

On est en train d’écrire. Alors certes, on a des gros spectacles qui vont se monter sur des scènes nationales, avec une grosse machinerie, de la vidéo, du lourd, mais je mets des guillemets, parce qu’on n’est pas non plus Lavaudant, et puis, il y a des spectacles à côté qui nous permettent de partir avec une valise et d’aller rencontrer le public, d’aller jouer dans des écoles, d’aller jouer en ruralité. On a ces deux volets-là qui sont importants pour nous, puisque quand tu vas manger du caviar à l’archipel, c’est cool. Mais quand tu vas gratter la terre, à Maury, c’est cool et c’est là qu’on rencontre le public et c’est très important pour nous. Donc là, on est en train de créer un spectacle. Qui traitera, et ça fait un moment que je veux en parler, de dysphorie de genre. C’est un peu tôt pour en dire davantage, mais promis, on en reparle dès que possible.

 Chiche ! Bien, comment êtes-vous passés de TROUPUSCULE à THÉÂTRE DES POSSIBLES

 Au début, on ne voulait pas forcément un théâtre, on ne voulait pas être en gestion d’un lieu. On demandait plutôt un lieu pour stocker notre matériel. Et puis la ville nous a proposé de prendre la suite du THÉÂTRE DE LA RENCONTRE. Et puis au final on est bien, on est dans une suite logique. Bref, avoir un lieu, en fait, je crois que c’est une forme d’accomplissement, de reconnaissance aussi de nos pairs. On est une compagnie qui travaille bien dans le département, qui est repérée, nos tutelles sont solides, nous soutiennent depuis des années…

Je pense que c’est une valorisation de la compagnie, c’est une façon d’asseoir la compagnie.

Alors on s’est s’est dit on nous donne un lieu, il faut qu’on fasse quelque chose et qu’on en fasse profiter. Dans la juste lignée de ce que la compagnie d’avant avait fait. Pour nous, c’était important que ce lieu soit un laboratoire de recherche pour plein d’autres.

Et le lien avec le quartier ?

Le maillage territorial, est très important pour nous. Je crois que le public, il faut qu’on aille le chercher. C’est fini d’ouvrir la porte des théâtres et de faire comme si on était à la maison. Ça, c’est fini. Alors on travaille avec les associations de quartier, les établissements scolaires, les associations luttant contre les addictions… Et on a compris qu’on pouvait faire tout ça et le lieu nous permet d’être une terre d’accueil pour d’autres compagnies et d’être un point de ralliement aussi. D’accord, ça veut dire que chaque atelier qu’on va faire, chaque proposition de pratique artistique qu’on va faire, on va aller dans des lieux différents.

Et puis, on ramène tout le monde ici parce que ça permet aussi de valoriser les projets qu’on fait. Et tout devient possible.

 D’où Théâtre des possibles

Voilà, Rien n’est certain. Tout est possible.

 Un mot sur l’impact de la situation sanitaire, vous êtes en stand-by ?

Pas vraiment. On est allé chercher des financements partout où on pouvait pour faire du lien avec les publics, toujours. Donc, dans un premier temps, tant que ça a été possible, on a décentralisé, on a fait travailler les artistes qui faisaient partie de la programmation. On les a déployés dans des établissements scolaires puisqu’il n’y avait plus que ça qui était ouvert.

Et ça, puis tout ça a été fini. Finito ! Basta ! Maintenant, avec cet autre confinement, on ne peut plus accueillir les établissements scolaires. C’est fini. Qu’est-ce qu’on fait ? Il ne faut pas qu’on reste avec un lieu vide et donc on a fait un appel à projets et on a ouvert notre espace. On accueille donc des compagnies d’ici.

Là, on en a six qui viennent travailler dans le lieu en ce moment. On tourne à plein régime.

 Une réouverture le 15 mai, tu y crois ?

Ca dépend de quelle ouverture on parle. Si c’est pour ouvrir un jour sur deux avec une moitié de salle, c’est impossible. Si ça coûte plus cher d’ouvrier que de rester fermés. Et tu imagines Avignon dans une configuration comme celle la ? Deux créneaux de deux heures par jour, 25 000 euros en jauge réduite ? Pour jouer un jour sur deux ? Impensable !

Donc on espère une vraie ouverture. En attendant je soutiens l’occupation à Alenya, pour que les acteurs culturels se fassent entendre.

 

 
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