LE TRAVAILLEUR CATALAN

Colloque Exil intégration Perpignan
Colloque Exil et intégration

Mineurs étrangers. Le 25 juin dernier, le conseil départemental a organisé un colloque intitulé « Exil et intégration » pour éclairer le parcours migratoire des mineurs jusqu’à leur intégration en France.

Comme on ne le sait peut-être pas, l’Aide sociale à l’enfance est confiée aux conseils départementaux depuis 1992. Ses missions de protection de l’enfance sont, dans les Pyrénées-Orientales, déléguées à l’Institut départemental de l’enfance et de l’adolescence (IDEA) Comme l’a rappelé en introduction du colloque Bernard Le Floch, directeur des Solidarités, l’IDEA a atteint un seuil critique dans l’hébergement des mineurs non accompagnés (MNA) dès 2018 et leur accueil est devenu une priorité pour le département. D’où l’appel à un fonds européen, le Fonds Asile, Migration et Intégration, et la volonté de mener une réflexion avec les associations d’aide aux migrants autour d’experts et de chercheurs.

Pas moins de cinq d’entre eux sont intervenus tout au long de la journée. Interventions cadrées par Guillaume Coron, sorte de M. Loyal, maître du temps. Lors des pauses, Maboulette et Olga, deux clowns hilarantes ont détendu l’atmosphère en parodiant les intervenants.

Julien Long, historien doctorant, a jeté un « regard socio-historique sur un phénomène déjà ancien ». Si les enfants se sont toujours déplacés, soit après la mort d’un parent, soit pour fuir la famille ou trouver du travail, c’était le plus souvent une mobilité forcée vers les colonies. Il s’agissait  de les éduquer à la civilisation, de leur montrer les bienfaits de la civilisation (cf. le centre militaire de Mme Massu). Dans les années soixante, la guerre du Biafra et la famine qui en a résulté a conduit à un changement d’approche mais pas de réalité. Le soft power permet en fait de légitimer la domination. L’imaginaire colonial est très lent à s’user. C’est « un passé qui a du mal à passer ».

Angelina Etiemble, sociologue chercheuse au Mans, s’est penchée sur les motifs de l’exil et a dégagé sept profils dont celui des mineurs aspirant à vivre une vraie jeunesse qui considèrent que la France a une dette envers eux.

Cléo Marmié, doctorante en sociologie, est intervenue en visioconférence depuis le Maroc.

Les migrants subsahariens sont souvent bloqués au Maroc. La police organise régulièrement des rafles pour désengorger le Nord. Un blocage qui peut durer jusqu’à 8 ans et qui fait de ces jeunes des mendiants à la rue.

Cléo a ensuite abordé les jeunes en conflit avec la loi en France. Ce sont des jeunes qui ne sollicitent pas d’aide, voire la refusent. Souvent poly-consommateurs de drogue, ils sont « indésirables parmi les indésirables ». C’est une frange marginale mais très médiatisée qui permet de généraliser le discrédit. Ils sont en fait le produit de l’échec migratoire.

Fatima Touhami, psychologue clinicienne à la maison des adolescents de Cochin, a donné des clés aux éducateurs sur l’accompagnement des jeunes migrants en insistant sur l’aspect transculturel de la relation. La culture est une grille de lecture du monde. Notre code culturel est différent du leur. On ne  doit pas interpréter en fonction de nos codes ni leur demander de les comprendre. Le passage d’un monde à l’autre est long et difficile. Dans cette perspective, elle a interrogé la pertinence de l’évaluation. Les traumatismes subis peuvent entraîner des trous dans le discours et donc instiller le doute sur leur récit. L’institution leur demande d’entrer dans des cases, d’adopter nos codes pour s’intégrer. Or le passage d’un monde à l’autre est difficile. Le passage de la méfiance à la confiance est long.  C’est la triangulation de la relation (éducateur, référent et interprète pérennes) qui le permettra.

 Colette Doumenc, docteur en sciences humaines, a insisté sur la nécessité d’accepter la relativité de ses propres valeurs, transmises par l’éducation, la tradition et la communication sociale.

Sylvie Borreil, présidente de l’association Déclic et Déclac a présenté le projet de photo journalisme conduit avec les MNA de l’IDEA. Cinq d’entre eux devaient réaliser trois photos pour illustrer leur passé, leur présent et leur avenir et écrire trois textes correspondant dans le cadre du concours d’écriture sur la notion d’Indésirable organisé par le Mémorial de Rivesaltes. Non seulement l’un de ces jeunes a gagné le concours, mais leurs réalisations ont été retenues par Visa off et seront exposées à la Chambre de Commerce du 24 août au 11 septembre.

En résumé, ce fut une journée riche d’enseignements et de partage.

Anne-Marie Delcamp

 
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