
Son atelier est à Peyrestortes, sa demeure, une bergerie à Opoul-Périllos, le plasticien Bernard Borgeaud a depuis longtemps planté sa tente en terre catalane. Rencontre.
Ce qui frappe dès l’entrée de l’atelier sis dans une rue tranquille de Peyrestortes, c’est la dimension et la lumière, celles des trois salles, celles des œuvres qui sont partout, aux murs, au sol… Bernard Borgeaud est ici chez lui. Né en 1945 à Paris, il s’est installé dans le département en 1998 avec son épouse Yoon Hee, également plasticienne. Ils ont trouvé ici une ambiance et un calme propice à leur travail. Bernard Borgeaud a toujours dessiné, dès l’enfance. Puis un parcours débuté par des installations photographiques, plutôt en noir et blanc (Tempête, Reflets sur l’eau…), dont certaines sont conservées à Beaubourg, des peintures figuratives, peu à peu l’abstraction jusqu’aux œuvres actuelles, ces grandes toiles traversées de zébrures de couleur. Il continue aussi la photo avec des images de mimiques. Bernard Borgeaud a exposé à Berne, Paris et ailleurs. C’est un bonheur que de l’entendre parler de son travail.
« Une relation directe avec le mur »
Les œuvres que renferme l’atelier se ressemblent toutes et sont pourtant toutes différentes. De forme rectangulaire ou triangulaire, elles présentent sur un fond blanc comme des flammes de couleurs différentes réunies sur un point, couleurs et fond se répondant. Il y a là un élan, un jaillissement, quelque chose qui élève, un mouvement qui vous emporte.
Bernard Borgeaud revendique « une relation directe avec le mur » à rebours de « l’idée de tableau qui est une invention du XVe siècle. » Aujourd’hui beaucoup d’artistes, comme lui « sortent du tableau. »
Il travaille sur de la toile de coton tendue sur des châssis en bois qu’il achète à Tautavel. Le travail préparatoire est très long, il commence par décrire et dessiner sur des carnets. Il a ainsi un nombre impressionnant de carnets, il est tout aussi impressionnant de voir ces études tracées au crayon, lignes, repères pour les couleurs, chiffres… Cela lui « donne une direction qu’il remet en question en permanence ». Cette étape peut durer très longtemps alors que le travail sur la toile ne prend que quelques minutes. Le processus préparatoire est essentiel, un trait donne une œuvre, une place est laissée à l’improvisation.
Un travail passionnant que l’on ne se lasse pas de regarder et regarder encore, tout comme les petits pots multicolores posés à terre dans lesquels Bernard Borgeaud fait des mélanges de couleurs connus de lui seul.
Nicole Gaspon


