
© SÈbastien Leban
« Traverser la cendre », texte incandescent de Michel Simonot sur la Shoah, mis en scène et en voix.
L’Archipel proposait au Carré Traverser la cendre de Michel Simonot interprété par Laetitia Pitz, seule en scène.
Au départ, un texte de Michel Simonot. Journaliste, écrivain, dramaturge, sociologue, de ce dernier on ne compte plus les créations, les récompenses. Il est aussi ( surtout ?) un artiste engagé portant « un regard aigu sur la violence ultralibérale du monde d’aujourd’hui ».
Le texte de Traverser la cendre est à l’os, il claque, percute. Des phrases comme jetées, pas de sujet (comme dans le titre), ou alors le style direct, tu, toi, le lecteur est interpelé, pris à témoin. Un texte court, ces quelques soixante pages n’en renferment pas moins la Shoah dans sa globalité. L’auteur y mêle récit et faits historiques, y rend compte de l’horreur, de la décision de la solution finale lors de la conférence de Wansee, des crématoires, des marches de la mort mais toujours au travers de paroles rapportées. Il entend ainsi rendre présentes et vivantes les voix de celles et ceux qui ont disparu, en évoquant leurs traces, des écrits enfouis dans la terre des camps et retrouvés.
Le texte n’est pas qu’à lire, il est à voir, listes de noms et de dates, écriture en triangle, en italique, bribes d’histoire…
On devine que Michel Simonot est personnellement concerné par la Shoah mais on n’en saura pas plus, juste que l’écriture de ce texte résulte d’un long chemin. Il lui a fallu écrire sur un exilé africain, puis sur les deux adolescents morts dans un transformateur (Delta Charly Delta) pour parvenir à Traverser la cendre où affleure la question : comment survivre ?
Ce texte est ensuite passé à la scène, Nadège Coste en a réalisé une mise en scène d’un dépouillement extrême que programmait l’Archipel la semaine passée. En T shirt, jean et baskets, l’actrice Laetitia Pitz est seule sur le plateau avec juste une table et une chaise. Elle porte le texte, l’incarne sans pathos, comme absente, s’effaçant presque devant la puissance des mots. Quelques accents d’une musique sombre, devenant pas moments assourdissante, complètent le dispositif. On reçoit ce spectacle comme un uppercut, parfois en peinant à absorber, souvent en peinant à entendre, forcément impressionné par ce regard singulier sur une période qui résonne bien trop fort aujourd’hui.
Nicole Gaspon

