
Le musée d’art moderne de Céret présente pour la première fois des œuvres d’un acteur majeur de l’histoire des avant-gardes picturales
du début du XXe siècle.
L’exposition à voir au musée d’art moderne de Céret jusqu’au 29 novembre, Picabia, Méditerranée, Picasso, Delaunay, Laurencin… est passionnante à plus d’un titre.
D’abord parce que c’est la première fois que Francis Picabia (1879-1953) est exposé à Céret, un artiste « figure centrale des cercles artistiques internationaux…qui joue un rôle majeur dans l’histoire des avant-gardes du début du XXe siècle ». Mais Picabia n’est pas seul, autour de lui gravite un collectif d’artistes, certains très connus comme Sonia et Robert Delaunay, Marie Laurencin, d’autres beaucoup moins comme Juliette Roche et son mari Albert Gleizes, Otho Lloyd et Olga Sacharoff, Natalia Gontcharova et Serge Charchoune. La découverte de ces derniers est un autre mérite de l’exposition. D’autant que le point commun entre Picabia et tous ces artistes c’est la recherche de formes nouvelles en lien avec les évolutions de leur temps, le rejet des carcans et des dogmes.
Jean-Roch Dumont Saint-Priest et Gwendoline Corthier-Hardoin commissaires de l’exposition ont judicieusement opté pour un parcours chronologique et thématique, mêlant peintures, photos, revues, vidéos… et des explications claires. Cette manifestation de grande qualité a d’ailleurs reçu de l’État le label « intérêt national » qui vaut reconnaissance d’un travail innovant.
Picabia était un artiste en perpétuelle évolution, passant de l’impressionnisme au fauvisme puis à l’esthétique Dada, au mécanisme. L’exposition s’ouvre sur ses peintures et dessins de machines, car il était fasciné par le progrès technique, les automobiles, la vitesse, notamment lors de son voyage à New York pour une exposition. On note ensuite son amitié avec Duchamp, Man Ray, la passion du jeu d’échec. Une salle est consacrée aux artistes qui partagent avec lui l’exil, après New York, Barcelone qui durant la Grande guerre, accueille de très nombreux artistes et connaît, de fait, un intense bouillonnement artistique. On y voit la place des femmes dans ce moment fort, Juliette Roche qui peint des « pourrons » inoubliables, le mystère des visages de Marie Laurencin, les toiles cubistes d’Olga Sacharoff, les fêtes foraines de Robert Delaunay… Dans des vitrines on peut lire tous les numéros de la revue 391 créée par Picabia (après la 291 new-yorkaise) qui est parue de 1913 à 1924. On est fasciné par le portrait de Tristan Tzara par Robert Delaunay. La dernière salle reflète l’imprégnation ibérique de tous ces artistes, plusieurs femmes à mantille dont une de Picasso et plusieurs de Picabia. La danse est également célébrée dans cette salle avec peintures et vidéo de flamenco qui était importante pour Picabia.
Une exposition à voir absolument, pour toutes ces œuvres qui comme l’écrit Jean-Roch Dumont Saint-Priest, directeur du musée, « font rimer la danse et la création collective avec la liberté ».
Nicole Gaspon
Le musée est ouvert
Juillet-Août : tous les jours de 10h à 19h.
Septembre à décembre : tous les jours sauf le lundi de 10h à 18h.




