LE TRAVAILLEUR CATALAN

© Christophe Raynaud


L’Archipel propose, vendredi 27 mars, l’adaptation par Julie Deliquet du livre enquête de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de littérature 2015 « La guerre n’a pas un visage de femme ».

Le livre de Svetlana Alexievitch La guerre n’a pas un visage de femme, écrit en russe, est sorti en 1985. Il a connu la censure, mais a aussi reçu le soutien de Gorbatchev, ce qui lui a valu un succès fulgurant lors du quarantième anniversaire de la Seconde Guerre mondiale en URSS.

Svetlana Alexievitch, Biélorusse en exil à Berlin depuis 2020, a reçu le prix Nobel de littérature en 2015, et n’a jamais caché son engagement dans la révolution biélorusse.

Son livre rassemble le résultat d’interviews enregistrées au magnétophone depuis ses 25 ans auprès de femmes soviétiques ayant combattu à partir de 1941 dans la Grande Guerre patriotique. Ces centaines de témoignages apportent un éclairage nouveau sur cette guerre, le rôle important, pourtant passé sous silence, de ces femmes. Elles étaient brancardières, pilotes, tireuses d’élite, médecin… mais leur courage et leur bravoure n’ont pas été récompensés. « Les grandes oubliées du discours officiel », « 40 ans de mutisme collectif » dit l’écrivaine.

D’où l’immense mérite de son travail. Elle donne une voix à ces femmes qui, « en prenant la parole désinvisibilisent leurs histoires et celles de toutes les guerres. » Elles évoquent, non plus la guerre, mais la leur, celle-là même qu’on a voulu leur confisquer. Un thème au cœur de l’œuvre de l’écrivaine, faire connaître ceux qui ne sont pas pris en compte par l’histoire, le destin de l’homme face à l’écrasante machine étatique. 

Pour ces femmes soviétiques qui se livrent jusque dans la plus grande intimité, sans cacher les viols, la cruauté qu’elles ont eu à subir, c’est aussi une question d’émancipation.

Julie Deliquet, metteure en scène, dont on a vu, à l’Archipel, il y a deux ans, Welfare (créé à Avignon en 2023), a mis en scène le livre de Svetlana Alexievitch. Le spectacle tourne avec succès depuis l’automne. Il sera à l’Archipel le 27 mars à 20h30. Julie Deliquet a retenu le parcours de dix femmes, le décor est celui d’un appartement communautaire de l’époque soviétique, l’écrivaine-enquêtrice est un des personnages. Pour Julie Deliquet, il s’agissait de « tenter l’expérience humaine d’une parole qui se donne et qui donne vie à la mémoire et à la nécessité de dire. »

Réalisation théâtrale à découvrir, donc, mais aussi lire le livre, passionnant, immense.

Nicole Gaspon

La guerre n’a pas un visage de femme est publié aux éditions J’ai lu.

 
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