
Les vachers et les bergers saisonniers du département ont créé leur syndicat CGT-SGT 1.
Ils et elles sont entre cinquante et soixante-dix pâtres, chaque année, mobilisés pour garder les troupeaux plusieurs mois dans les estives des Pyrénées-Orientales. Salariés, ils ont décidé de créer un outil syndical pérenne pour leur profession et les statuts ont été déposés en préfecture, fin avril. Les raisons de cette décision ne manquent pas. Trois d’entre eux, tous saisonniers, ont longuement expliqué et décrit leur métier. Ils ont en quelque sorte justifié la naissance de ce syndicat. Sophie travaille du côté de Puyvalador, Samy, dans le massif du Canigou, tous deux vachers, et le troisième, berger, évolue entre Mantet et la Cerdagne.
Un métier plaisir ? Pas si sûr…
Ils sont salariés d’un ou plusieurs éleveurs, réunis dans des « groupements d’éleveurs » selon la taille des troupeaux. Les contrats sont saisonniers, de cinq à six mois. Et, régulièrement, d’une année sur l’autre, ils reprennent leur travail au même endroit. Les conventions contractuelles ont très peu de base légale et des différences notables apparaissent entre les employeurs. Cela concerne les salaires, l’état des cabanes où ils vivent plusieurs mois (eau, électricité, chauffages, aménagement…), les ravitaillements, les jours de repos… Bref, l’ensemble des conditions de travail. « Quant les conditions d’exercice sont bonnes, on peut dire que c’est un métier-plaisir, mais ce n’est pas toujours le cas » précise Samy. Il poursuit : « à cause de l’abattage récent d’un troupeau, lié à la DNC2, du côté de Valmanya, un collègue a perdu son travail pour cette année,. La question est posée de l’aider à retrouver un poste. Les indemnisations n’existent pas dans ce cas. ».
Créer une convention collective du métier
Les trois intervenants sont intarissables : « nous voulons développer une sorte de solidarité entre nous, nous informer sur nos droits et informer les employeurs, réfléchir avec les élus à ce que pourraient être des logements accessibles hors saison, des logements saisonniers, réfléchir aussi à la condition des femmes, seules dans leur cabane et pas toujours en sécurité, améliorer partout les ravitaillements, leurs fréquences et leurs qualité, inventer et créer une structure de formation3 à ces métiers, dans le domaine vétérinaire, de la conduite des chiens, de l’éducation des nouveaux troupeaux après la DNC, par exemple… ». Samy résume ensuite en quelques mots : « nous voulons construire une convention collective. Elle n’existe pas et ce n’est pas normal. Elle calibrerait et baliserait les contours de nos contrats CDD, elle obligerait les employeurs. » Et, avec malice, il avoue « oui, nous aimons notre métier ! »
Michel Marc
- CGT-SGT : Syndicat CGT des Gardiens de Troupeaux.
2. Dermatose nodulaire contagieuse ou dermatose bovine.
3. Cela existe déjà, sous des formes différentes, en deux endroits, en Ariège et en Haute-Savoie, où, la semaine passée, avait lieu un rassemblement festif et revendicatif de plusieurs jours.

