
C’est lundi dernier 2 mars que le président Macron nous a lancé cette bonne nouvelle : il va augmenter le nombre des têtes nucléaires dont se compose notre arsenal (190 aujourd’hui, d’après l’Indépendant du lendemain) non sans préciser qu’un seul sous-marin nucléaire français possède l’équivalent de mille fois la puissance de la bombe d’Hiroshima.
C’était pour moi l’occasion de jeter un œil sur quelques-uns des médias à ma portée, en papier ou sur le web, pour y voir, ou pas, apparaître la métaphore du parapluie. Ça n’a pas raté : elle est chez Cnews, elle est dans La voix du Nord : « la France rehausse son arsenal nucléaire et ouvre son parapluie à des alliés européens », et dans L’Humanité aussi, hélas, dans un contexte non quelconque : un entretien avec Jean-Marie Collin, directeur d’ICAN-France (Campagne Internationale pour l’Interdiction de l’arme Nucléaire) où je lis que le discours macronique « s’inscrit dans une volonté d’étendre le parapluie nucléaire français ».
Donc je peux conclure que cette assimilation de cet arsenal à un parapluie s’est gagné une pleine légitimité, même et y compris chez celles et ceux dont les yeux sont ouverts sur le destin qu’une guerre nucléaire promettrait au genre humain. C’est un grand succès dont peuvent se féliciter ces puissances maléfiques, qui ont su créer assez d’accoutumance à la doctrine de la dissuasion pour que la criante impropriété de cette métaphore passe inaperçue. Nous savons tous, pourtant, qu’un parapluie n’est pas fait pour empêcher la pluie de tomber, mais seulement pour épargner ses inconvénients au porteur de cet accessoire. Qu’est-ce qui mettra l’humanité à l’abri, si ces bombes tombent ? « Mal nommer un objet, c’est ajouter au malheur du monde ». C’est une pensée de Camus dont la référence est trouvable sur le web en quelques clics. Est-ce un hasard si ce même Camus publiait ceci au lendemain d’Hiroshima : « ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison » ?
J.P. Kaminker, militant pacifiste et communiste.




