LE TRAVAILLEUR CATALAN

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Isabelle Olive est une citoyenne inquiète – Son métier est de jouer (au théâtre), de chanter et d’écrire. Elle griffonne quelques mots sur des papiers que d’autres laissent passer. Elle nous a confié ce texte, de circonstance, où son « humanité » transpire.

Les centres villes ne sont pas seuls à être aseptisés, avec leurs enseignes identiques du Nord au Sud et d’Est en Ouest, leurs pavements et leur mobilier urbain, marquant plus l’époque que l’histoire singulière du lieu. Nos vies comme stérilisées, elles aussi !

Le mot « biodiversité » tout moche qu’il soit, tout baigné d’un liquide de conservation politico-médiatique, évoque tout de même vaguement quelque chose au plus grand nombre. Il ne devrait pas s’appliquer seulement au végétal mais à tout le vivant.

Nous devrions veiller, nous, êtres humains du XXIe siècle à ne pas nous amputer de ce qui nous constitue et qui nous relie à des savoirs très anciens. Nous aurions grand intérêt à retrouver, chacun, nos formes biscornues et nos couleurs. À aiguiser nos sens. Nous sommes devenus trop souvent, des tomates sans goût et sans saveur, disponibles sous vide, dans les quartiers des villes. Nous avons appris à parler pointu, à dire (à peine et du bout des lèvres), ce que nous pensons entendable, raisonnable. Nous nous exprimons dans un cadre très strict, celui de l’air du temps. 

Nous ne savons plus ce que nous pensons, ce qui est juste pour nous. Nous n’écoutons plus, ou si peu, ce qui vient à nous depuis l’invisible. Nous ne reconnaissons pas l’indicible qui s’exprime, dans une intuition, un mouvement, un choix. Nous préférons à la sagesse de quelque vieux, ou de quelque enfant, l’assourdissant débat médiatique. Et nous acceptons, qu’il soit désormais notre boussole. 

Nous sommes l’Autre. Nous sommes aussi les Autres… « L’assèchement est déjà là »

Nous avons fait taire nos singularités pour mieux nous conformer à un désir qui finalement n’appartient à personne. 

Je remonte le fil de mes souvenirs pour irriguer ma terre, car la terre de nos ancêtres est fertile, j’irrigue la terre de mes ancêtres pour mes enfants et leur descendance car le risque est grand de ne plus contribuer au manuscrit ancien, riche d’enluminures et de lettres tracées à l’encre de la patience. Et ce n’est là qu’un exemple, emprunté sans doute et involontairement à la chrétienté, par manque d’imagination et par manque de savoir, mais je pourrais évoquer les tablettes d’argiles, les rouleaux de papyrus… et toutes les écritures des cinq continents. Le risque d’un assèchement n’est pas pour demain, il date d’avant-hier, il est là. Pour les miens et pour mes voisins, mes amis, pour tout habitant du monde. 

Nous sommes un village, grand comme le monde…

Chaque être est riche d’une histoire extraordinaire et très particulière et qui est, depuis la nuit des temps reliée aux autres, nous sommes une famille, nous sommes un cercle d’amis, nous sommes un village, nous sommes la langue de nos ancêtres et la langue apprise que nous avons faite nôtre, nous sommes la langue de l’autre, nous sommes son regard, l’éclat de son sourire, sa peine et sa vitalité immense. Nous sommes Catalogne et nous sommes la France, nous sommes Espagne et nous sommes Maghreb, Méditerranée, et ailleurs, Alsace, Bretagne, Creuse, Pays de la Loire et fleuve et pêche à la civelle, et barque à fond plat, et grand Océan, nous sommes, et Lozère et Jura, Pays-Basque et sa langue ancienne incomparable et Dordogne aux pierres douces, dorées et chaudes, sous les roses trémières et Larzac quelquefois. Nous sommes Palestine, Palestiniennes et Palestiniens et enfants sous les drones. Nous sommes Ukraine et nous sommes poètes Russes très anciens et très beaux et tant encore, nous sommes, Burkina Fasso, Terre des Hommes Intègres… Nous sommes l’Autre. 

Et parce que nous irriguons nos racines, parce que nous irriguons la terre de nos ancêtres nous savons que nous ne sommes pas seuls. Que nous nous rencontrons par nos différences. Parce que nous rencontrons la beauté millénaire de l’autre, celui qui irrigue sa terre. 

Et alors nous sommes riches de l’humanité entière et de chaque paysage en chaque pays. 

Isabelle Olive

 
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