
Un événement culturel singulier, gratuit à 95 %, qui réunit une vingtaine d’artistes engagés et des scientifiques spécialistes de la biodiversité. Un programme mêlant conférences, spectacles, projections, concerts, ateliers participatifs, immersions sonores, performances… Rencontre avec Mickaëlle Bensoussan, fondatrice de Bioviv’art.
Comment est né le projet Bioviv’art ?
Je suis biologiste de formation donc très attachée à la vie, parce que la biologie c’est l’étude des êtres vivants. Les messages des scientifiques ont du mal à atteindre leur cible parce que trop complexes, trop anxiogènes. Le vivant, c’est l’émerveillement aussi. Donc comment faire pour toucher les gens, comment faire aussi en tant que citoyenne ma part de sensibilisation ? La science, c’est important pour décrire les faits pour documenter. Cependant il faut autre chose, il faut de l’émotion. Et quoi de mieux que l’art pour émouvoir ? On va faire des passerelles entre l’art et la science. On va essayer à la fois de s’adresser à la raison par la science et à l’émotion par l’art. Et j’ai choisi les arts vivants… Pourquoi pas un festival, ce n’est pas anxiogène, c’est quelque chose de joyeux qui tire vers le haut et c’est dur d’être joyeux quand on n’a que de mauvaises nouvelles tous les jours, il faut s’accrocher à la joie et la joie, c’est le moteur. Quelques jours pour rassembler à la fois des festivaliers, des experts, des artistes, des citoyens, des gens concernés ou pas, l’idée étant de ne pas être dans un entre-soi… Pour changer les comportements, il faut d’abord changer les consciences, toucher un large public et la danse, le théâtre, de l’humour, de la musique, peuvent attirer un public qui n’est pas forcément enclin à ces sujets, en douceur, sans donner de leçons. Voilà un peu la genèse !
C’est votre cinquième édition, quel en est le thème ?
On a commencé en 2022 à Alénya, une ville qui nous offre l’écrin parfait pour ce qu’on veut faire, qui est totalement alignée avec les valeurs qu’on défend à la fois sur l’accès à la culture et sur l’environnement…Il y a vraiment l’infrastructure, dans le jardin, les salles de spectacle, la salle de conférence, le parc, la rotonde, tout est investi pendant trois jours. Cette année, nous avons l’honneur d’accueillir comme marraine et parrain deux personnalités engagées, Swann Périssé, humoriste, et Gilles Boeuf, biologiste. Le thème Mer et Océan s’impose avec la mer très proche. Et la Méditerranée, concentre un peu tous les problèmes. Ce sont des enjeux écologiques très importants pour nous humains, parce qu’on dépend de la mer et l’homme accapare les ressources d’une façon effrénée. Quand on pille les fonds marins, ça ne se voit pas. Certaines zones ont été dévastées et mettent très longtemps à se régénérer. Si on n’arrête pas de les piller, ça ne se régénère jamais. L’océan est le plus grand capteur à la fois de CO2 et de la chaleur… Puis, la mer pour l’émerveillement aussi, c’est un thème très inspirant pour les artistes.
Vous avez aussi programmé des ateliers, avec quels objectifs ?
L’idée, c’est de sensibiliser, mais aussi pourquoi pas de mobiliser, c’est-à-dire d’inciter les gens à agir. Quand on est partie prenante, ça a un énorme effet ! Là, on va faire la fresque de l’océan, les participants ont des cartes, ils jouent, ils se posent des questions, ils s’interpellent les uns les autres. On peut être parfois en proie à l’éco-anxiété. La parade, c’est l’action, quand on est impliqué, même si on a l’impression de faire un pas de fourmi dans un monde de géant, on fait un pas quand même… Le dimanche, on propose un forum d’associations locales, naturalistes ou de protection de l’environnement en lien avec le thème. Chacune a son stand, les gens déambulent, peuvent se renseigner et pourquoi pas s’engager … Par exemple, cette année on a Project Rescue Océan qui travaille beaucoup à la restauration des plages, Ailerons qui défend les requins, No Plastic in My Sea qui œuvre pour éviter le plastique dans la mer.
Bioviv’art draine un public de plus en plus nombreux ?
L’année dernière, on a eu 1 800 entrées. Ça représente à peu près 300 personnes par jour, l’évènement est gratuit, seul un spectacle par jour est payant. Cinquante bénévoles s’impliquent et agissent pour le festival. Ils prennent sur leurs vacances pour venir, parfois de loin, ils aiment être là parce qu’ils ont le sentiment de faire leur part … Cette aventure humaine qui se matérialise, ça fait du bien …
Propos recueillis par Evelyne Bordet
Du 24 au 26 juillet aux caves Ecoiffier à Alénya
https://www.biovivart.fr
Version intégrale sur https://letc.fr/

