
À la veille de la journée internationale des droits des femmes, journée de manifestations et d’initiatives, Camille Ferrer, présidente de Femmes Solidaires en décrit les enjeux.
La militante féministe Camille Ferrer est justement en partance pour New York où elle va participer à l’assemblée de l’ONU femmes :
La journée du 8 mars, ça compte ?
Loin d’un rituel, pour les féministes, le 8 mars « on fête les acquis, on revendique les droits qui ne sont pas encore acquis ou sont menacés ».
C’est un moment où nous pouvons faire entendre notre voix, l’Assemblée nationale en parle, les médias aussi. Le 8 mars, toutes les associations féministes sont au taquet, elles revendiquent fortement leurs valeurs.
Où en est-on aujourd’hui à propos des droits des femmes ?
C’est un long chemin mais il y a des victoires. C’est tout de même un 8 mars que les femmes américaines ont obtenu le droit de vote ! Actuellement sur l’IVG, ça avance, notamment grâce au mouvement Ma voix, mon choix par lequel l’Union européenne demande à ses États de reconnaître le droit à l’IVG.
Les manifestations de cette année ont-elles une thématique particulière ?
Absolument, c’est l’opposition à l’extrême droite et à la droite qui ont une vision traditionnelle de la famille, des femmes et des minorités de genre. Femmes Solidaires a produit un document qui montre que le RN n’est pas l’allié des femmes. Il les instrumentalise dans un discours identitaire et raciste en affirmant que « la majorité des viols sont commis par des immigrés » ce qui est faux. De plus, ses votes à l’Assemblée sont toujours contre les droits des femmes. Ainsi sur l’égalité hommes-femmes dans la fonction publique et la parité pour les agriculteurs et agricultrices, le RN a voté contre. Idem contre l’indexation des salaires sur l’inflation. Il a voté pour la loi Duplomb qui favorise l’agriculture productiviste. Il s’est abstenu sur l’inscription du droit à l’avortement dans la charte européenne des droits fondamentaux…
Un bilan des féminicides ?
En 2025 ils étaient en augmentation par rapport à 2024 en France. Dans les P.-O. le nombre des femmes accompagnées est aussi en augmentation.
Comment inverser la tendance ?
Ce n’est pas la honte qui doit changer de camp, c’est la peur. Pour cela il faut des moyens et développer l’éducation populaire. Il faut déconstruire dès l’école les stéréotypes sexistes. Le dernier rapport sur l’égalité est très inquiétant, il pointe l’augmentation des violences liées au masculinisme. Ce rapport définit deux types de sexisme, le sexisme ordinaire, paternaliste et le sexisme hostile, masculiniste, il dénombre plus de 10 millions de Français adhérents au sexisme, 17 % !
Parmi les causes, la quasi absence d’éducation sexuelle à l’école, les trop nombreux enfants livrés à eux-mêmes, les réseaux sociaux.
Mais tout ça va de pair avec la montée des idées d’extrême droite, du complotisme.
Propos recueillis par Nicole Gaspon


