Une exposition coup au cœur

Une exposition coup au cœur

© Mélina Là. Un point de vue sur le monde au travers d’une sensibilité artistique à vif.

Mémorial de Rivesaltes. Après « Josep », le film d’Aurel plusieurs fois primé, dessins et peintures de Josep Bartoli sont désormais accessibles au public durant une année au mémorial de Rivesaltes, lieu emblématique s’il en est.

Jeudi dernier, pour l’inauguration, une foule de personnalités, de journalistes, de gens d’ici et d’ailleurs, se pressait autour de Georges Bartoli pour découvrir les plus de cent cinquante œuvres de son oncle Josep exposées au mémorial de Rivesaltes. L’exposition Les couleurs de l’exil est l’aboutissement d’une longue histoire initiée à partir du film d’Aurel, Josep. 

Dès l’entrée, l’émotion prend à la gorge, on est dans un couloir, « la galerie des camps ». A gauche, les dessins en blanc sur fond noir, à droite les originaux, traits noirs sur fond blanc, ces dessins incroyablement fouillés, d’une précision inouïe, qui nécessitent quasiment une lecture, « un cours d’histoire rétréci » dit Georges, et à vos pieds, sous un verre, du sable et des barbelés. Saisissant ! Puis, c’est comme la lumière au bout du tunnel, peut-être la métaphore qui caractérise le mieux l’exposition, métaphore qui peut aussi être celle du parcours d’un artiste et d’une personnalité hors normes. 
Un artiste qui a affronté le franquisme, l’exil, les camps, la prison, sans jamais se séparer de son carnet à dessins, son arme secrète, son salut.

Le dessin puis la couleur

Une fois franchi le couloir, c’est l’espace et la couleur, une œuvre picturale foisonnante, puissamment expressive. L’exposition souligne les deux époques de l’artiste. Ce n’est qu’en 1952 que Josep Bartoli a découvert la couleur, au Mexique. À voir ses grands  formats renfermant de multiples personnages et situations, ses portraits proches de la caricature, le trait appuyé des « grotesques » pour croquer quelque apparatchik franquiste… on mesure comme il a su la maîtriser. Tout comme les scènes de guerre, d’exécutions, les références évidentes à Goya, les lithographies sur la tauromachie, les images de faim, de souffrance, les femmes… Pratiquement pas d’abstraction, malgré sa fréquentation de Pollock ou Rothko, « il n’a pu se résoudre à abandonner le trait » confiait Joël Mettay.

« L’idée est plus importante que la peinture ou le dessin » déclare l’artiste dans un cartel. Ses dessins et sa peinture révèlent une sensibilité artistique à vif, une capacité rare à traduire par l’art un point de vue sur le monde, une colère.
Cette exposition, parfaite dans la scénographie comme dans l’accrochage, est un événement exceptionnel, à ne surtout pas manquer, d’autant qu’elle reste un an.

© Mélina Là. L’inauguration s’est terminée, outre les discours officiels, par la lecture, par Bruno Solo, d’une lettre de Georges Bartoli à son oncle, un beau texte rageur, plein d’amour et d’émotion,
rapprochant à juste tire le sort des migrants d’aujourd’hui de celui des Espagnols fuyant le franquisme. Pendant la lecture, Aurel dessinait le portrait de Josep.

TAGS