Une société en tensions

Une société en tensions

Édito 4067

Le meurtre odieux d’un jeune musulman dans la mosquée de La Grand-Combe a toutes les apparences d’un crime islamophobe. Il vient après plusieurs incidents et agressions contre des mosquées. Avec ce meurtre, la violence anti musulman est montée d’un cran suscitant peur et inquiétude dans la communauté et bien au-delà. Cela confirme un climat général de suspicion à l’égard de l’Islam, des Arabes, souligné par nombre d’observateurs, de sociologues. Un phénomène qui s’est aggravé après le 11 septembre 2001 et qui, chez nous, n’est pas sans lien avec la guerre d’Algérie.  Un climat que les Arabes vivant en France, musulmans ou non, ressentent fortement. C’est la marque d’une société malade, en tensions, une République abimée. On pourrait attendre des représentants du gouvernement une volonté de prendre en compte le problème, de lutter contre. Or, on a plutôt l’impression qu’ils l’exploitent. 

On a l’exemple de la polémique oiseuse sur le port du voile dans les compétitions sportives, de Bruno Retailleau clamant « Vive le sport, à bas le voile ! » lors d’un rassemblement pour la République et contre l’islamisme. La maire de La Grand-Combe fustigeait justement « ceux qui divisent au lieu de rassembler. » 

Après le crime de La Grand-Combe, Emmanuel Macron a mis du temps à réagir. Le ministre de l’intérieur et des cultes, Bruno Retailleau, d’habitude prompt à dégainer, a attendu deux jours avant de se rendre à La Grand-Combe, et encore pas à la mosquée mais à la préfecture. Quant au préfet du Gard il est resté dans son bureau. 

C’est bien le deux poids deux mesures qui est à l’œuvre. Alors que les agressions antisémites, inacceptables, relèvent du même climat délétère ambiant. 

Dans ce contexte, la parole politique de la droite et de son extrême, relayée par trop de médias, est dévastatrice. Au service d’un projet politique réactionnaire, discriminatoire, elle instrumentalise les peurs et les divisions. 

TAGS