Une coopérative d’innovation frugale

Une coopérative d’innovation frugale

Une association de recherches et d’expérimentations sur la décroissance s’est installée sur les hauteurs de la station balnéaire.

©  Liza Brume

Cerbère

Une association de recherches et d’expérimentations sur la décroissance s’est installée sur les hauteurs de la station balnéaire.

Sur les hauteurs, au-dessus de la gare, presque à l’entrée du tunnel qui mène à Port-Bou, autrement dit au bout du monde, dans un endroit improbable, sur un terrain de 3 000 m2, sec et pentu, est venu se nicher Can Decreix1. Rien de moins qu’une association de recherches et d’expérimentations sur la décroissance. Fondée en 2011 par François Schneider, enseignant chercheur, titulaire d’un master en écologie politique et décroissance à l’Université autonome de Barcelone, elle porte sur l’effet cascade des ressources. Depuis toujours très investi dans le combat décroissant, sa cohérence et ses exigences, qui va plus loin que la simple écologie souvent cosmétique, le chercheur a participé à des revues comme Silence, La décroissance… En 2004, pour sensibiliser, provoquer rencontres et débats, à pied et avec un âne, il fait une marche de la décroissance de Die à Bordeaux.

Les axes d’activités prioritaires sont la recherche et l’expérimentation. À cet effet l’association collabore avec l’Université autonome de Barcelone et accueille des stagiaires et jeunes en résidence de découverte.

Et cela sur deux lignes directrices : les techniques low-tech, appelées aussi techniques douces (utile, fabriqué localement, autonome en énergie…) et l’expérimentation agricole et culinaire avec des cultures alternatives comme le cactus. Cette plante étant souvent considérée comme une espèce invasive, François précise que ça ne serait pas trop le cas de la variété cultivée (Opuntia ficus-indica). À cet égard ce cactus peut être pris comme symbole de la décroissance : peu séduisant au premier abord, mais économe et plein de ressources… pour qui s’en donne la peine…

Formidable cactus !

Cela donne naissance, en 2021, à un autre étage du dispositif : l’association Cerbère cactus, coopérative destinée à produire et à commercialiser. On produit ainsi : le jus de figues de barbarie (vendu sur Cerbère en bouteilles de 5O cl), sirop, confiture, poudre de fruits, pâte de fruit, fruits alimentaires), ou des sauces (tomactus, cactushop). Les graines torréfiées font un genre de café/chicorée. Activité circulaire et sobriété obligent, pour le séchage, la torréfaction ou la stérilisation, on utilise un four solaire ou des feux de sarments pour l’étuve, illustrant ainsi la notion d’effet ou de mise en cascade chère à François qui nous a confié avoir concocté trente-trois recettes. 

Can Decreix, plus qu’un lieu de production est avant tout un espace d’apprentissage… à produire, à fabriquer ses outils (four ou séchoir), à vivre autrement, à cuisiner avec un four solaire, économiser l’eau, démarche passionnante mais un peu spartiate pour les stagiaires. « On teste continuellement » confie François pour qui l’expérimentation joue un rôle fondamental et semble même passer avant la réussite commerciale ou médiatique de son entreprise, lui qui confie d’ailleurs ne pas être très doué pour le business. Dans le département (Rivesaltes, Torreilles) quelques rares producteurs, pas forcément décroissants, s’attellent à sortir la culture du cactus de sa marginalité économique.

Décroissante ou en exploitation plus classique, sécheresse aidant, le cactus a de l’avenir…

Clément Riot

-8, rue de l’olivier candecreix@degrowth.net 04 68 56 96 89

-Une jeune photographe a présenté, à Visa off une expo @lizabrume

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