Une certaine idée d’une agriculture vertueuse

Une certaine idée d’une agriculture vertueuse

Aurélia, paysanne et fière de l’être - A la sortie de Néfiach, Aurélia nous attend, dans son jardin de 6 000 m². Au-delà du lotissement récent, on découvre des zones « plein champ », des serres, de nombreuses espèces, et des petits espaces intercalés où la terre se repose, après la production. On imagine à quoi ressemblaient ces hectares d’espaces lotis sur ces terrasses alluviales fécondes de la Têt, il y a cinquante ans ou plus. 


Aurélia, paysanne et fière de l’être – A la sortie de Néfiach, Aurélia nous attend, dans son jardin de 6 000 m². Au-delà du lotissement récent, on découvre des zones « plein champ », des serres, de nombreuses espèces, et des petits espaces intercalés où la terre se repose, après la production. On imagine à quoi ressemblaient ces hectares d’espaces lotis sur ces terrasses alluviales fécondes de la Têt, il y a cinquante ans ou plus. 

Le soleil tape fort. Aurélia n’apprécie pas vraiment qu’on parle d’elle, mais elle comprend malgré tout l’intérêt de cette rencontre : les informations pourront être utiles aux lecteurs pour mieux comprendre son monde, ses convictions, son travail, son militantisme, le sien et celui de centaines d’autres « petits agriculteurs » du département. 

Elle a 43 ans, deux enfants. « Néfiach, c’est le village de mes grands-parents et mon père est né ici. Ils étaient vignerons, horticulteurs et arboriculteurs. Puis mon père est parti en région parisienne, à la capitale. J’y ai grandi, y ai fait des études et je suis devenue vétérinaire, me passionnant pour « les pathologies tropicales », voyageant dans d’autres pays du monde, pour aider et apprendre. Ensuite, j’ai travaillé en France avec des associations d’éleveurs. Fin 2019, en vacances à Néfiach, j’ai eu envie de devenir agricultrice, sur ces terres familiales, ce qui, soit dit en passant, a été un avantage et une condition utile et nécessaire pour démarrer une aventure professionnelle, vu l’augmentation du foncier agricole. Mes enfants y grandiraient mieux ». Elle conclut ainsi : « depuis cinq ans, je produis et j’en vis ». 

En bio, bien sûr ! 

« Hors de question que je fasse autrement, que je fasse de la monoculture ». Elle explique : « mon crédo, c’est créer de la diversité, produire un peu de tout, créer un espace où on pratique la permaculture, où on trouve et organise peu à peu un équilibre entre les espèces et enfin, où on préserve la vie des sols, vers de terre, insectes, pour la macrofaune et bactéries et champignons. Je n’utilise pratiquement plus d’intrants, de pesticides ou de fongicides et j’accepte d’avoir des rendements moindres ». Elle n’oublie jamais de dire qu’elle n’est pas la seule engagée dans ces démarches, et qu’elle tient à fournir aux consommateurs des produits de qualité, d’un point de vue sanitaire. Cette diversité présente un avantage : « Il y a de la production toute l’année, ça tombe bien parce qu’on se nourrit toute l’année. Poireaux, carottes, choux, salades… plutôt l’hiver, puis les primeurs, petits pois et pommes de terre, puis les légumes de l’été ». Et Aurélia se forme en permanence. « Il y a internet où de nombreux collègues et chercheurs de l’INRA partagent leurs connaissances et leurs expériences, il y a les autres paysans que l’on côtoie, régulièrement, et, au cours des discussions, on apprend, petit à petit. On se réunit aussi, régulièrement, à quelques-uns, et travaillons à améliorer nos connaissances à propos du « Sol vivant » ». Elle-même nous confie tenir à jour un archivage personnel de toutes ses actions.

On vit comment, dans cette situation

« Je gagne ma vie, modestement. Environ, 1500€ net par mois avec un chiffre d’affaires très petit. Je n’ai pas beaucoup de frais professionnels (mécanisation, salariés, produits phytosanitaires…) et ai eu la chance d’avoir le terrain. Je suis officiellement agricultrice depuis un an, j’ai donc le droit de vote, ce qui n’est pas le cas de centaines de paysans ayant encore moins de terrain que moi, ce que je trouve scandaleux. Ils ne peuvent cotiser, avoir une mutuelle, assurer les accidents du travail qui pourraient subvenir. Ils ne sont rien administrativement. Il faudrait aider plus et mieux ceux qui n’ont pas eu ma chance. C’est un de nos combats nationaux majeurs à la Confédération paysanne ». Et quotidiennement ? « Soyons francs, c’est quand même beaucoup de travail, toute l’année. Mais, depuis un an, j’arrive à me garder les week-ends, et même à prendre deux semaines de vacances, après avoir installé l’arrosage automatique, au goutte à goutte ». Aurélia vend ses produits à l’AMAP d’Ille-sur-Têt et dans les magasins bio de proximité, à la coopérative fruitière (elle possède aussi des pêchers) et sur deux marchés : Elne (ancien marché) et le tout nouveau marché « l’Aixade » de Néfiach, sur ses terres, les mercredis du mois de juin à fin septembre de 18h à 22h. Vous la rencontrerez à cet endroit. Elle a tant de choses à dire. Comme beaucoup d’autres, assurément. 

Michel Marc

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