Un océan pacifique qui l’est de moins en moins

Un océan pacifique qui l’est de moins en moins

©Delgé.

Sous-marins. En livrant leur technologie de propulsion nucléaire à l’Australie, les États-Unis renforcent encore un peu plus leur présence et la pression en mer de Chine.

La cible du nouveau pacte de sécurité conclu entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie n’est un mystère pour personne : la Chine. Joe Biden a donc décidé de franchir un cap dans la rivalité entre Washington et Pékin en créant Aukus (pour « Australia, United Kingdom and United States »). Il y est question d’« engagement partagé à un ordre international basé sur des règles », de « renforcement de sécurité diplomatique et de coopération en matière de défense » afin de « faire face aux défis du XXIe siècle ». La Chine, qui a parfaitement saisi le but de la manœuvre, a notamment réagi par la voix de son ambassade aux États-Unis, qui dénonce une « mentalité de guerre froide ». 

La France, partie prenante d’une stratégie d’endiguement

L’épicentre du conflit central du XXIe siècle se situe donc en mer de Chine. Le revirement de Canberra envoie par le fond les prétentions stratégiques de Paris dans cette partie du monde. La France prétendait y jouer un rôle, pour preuve, en début d’année, le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Émeraude y était dépêché. Les États-Unis comme la France ont multiplié ces dernières années les exercices conjoints avec les rivaux régionaux de Pékin. Autant de démonstrations de force perçues comme des provocations par la Chine. L’impérialisme américain n’a pas renoncé à sa prétention de dominer la planète et il ne peut accepter de voir une puissance lui contester ce rôle. La dénonciation du contrat des sous-marins par les Australiens montre, parallèlement, en quelle estime les USA tiennent leur « ami » français. 

La politique étrangère américaine est constante, quels que soient les locataires de la Maison Blanche. Elle vise à tenter de briser ceux qui lui résistent dans son « arrière-cour » (Cuba, Venezuela), à fomenter des foyers d’instabilité sur le vieux continent (Ukraine) ou à déstabiliser des régions entières du monde, comme ici. La France n’a rien à gagner à pratiquer une politique de suivisme derrière les Américains, et Macron devrait méditer sur la célèbre phrase du général de Gaulle prononcée à Phnom-Penh en 1966, en pleine guerre du Vietnam : « Il n’y a aucune chance que les peuples de l’Asie se soumettent à la loi d’un étranger venu de l’autre rive du Pacifique, quelles que puissent être ses intentions et quelle que soit la puissance de ses armes. »

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