
Un imbroglio politique
La Catalogne n’en finit pas de vivre des soubresauts politiques entre espérance, résistance, répression, défiance, statu quo, divisions et démobilisations.

Catalogne
La Catalogne n’en finit pas de vivre des soubresauts politiques entre espérance, résistance, répression, défiance, statu quo, divisions et démobilisations.
La coalition pro-indépendantiste présidée par Pere Aragonès à la Generalitat, entre les sociaux-démocrates centristes de Junts et la gauche catalane de l’ERC avec le soutien de l’extrême gauche de la CUP vient de voler en éclats. Les militants de Junts viennent d’exprimer par un vote la sortie de leurs Consellers (ministres) du gouvernement. Advenu après le référendum de 2017, les exils, les emprisonnements, la reprise en main de l’Espagne par le socialiste Pédro Sanchez, les élections de 2018 et la destitution de Quim Torra, le gouvernement catalan présidé par Aragonès a montré au grand jour des divergences stratégiques internes qui ont miné le camp indépendantiste.
Schématisons : Soutien parlementaire à Madrid et négociations avec le pouvoir central en participant à une « Taula de diàleg » de la part de l’ERC. Défiance vis à vis de Madrid et opposition à la «Taula de diàleg» pour Junts, avec Puigdemont et son Consell de la República en marge des affaires et aux aguets. Rupture et reprise de la voie vers l’indépendance pour la CUP et la mouvance civique autour de l’ANC et Omnium. De quoi fragiliser, fracturer, le camp indépendantiste et démobiliser une opinion publique qui avait fait le succès du référendum.
Quels sont les scénarios possibles ?
Dans un premier temps, l’ERC gouvernera seule, en minorité. Bénéficiera-t-elle, et jusqu’à quand, des nécessaires soutiens ponctuels de Junts ou du Parti Socialiste Catalan et des Comuns proches d’Ada Colau ?
Dans un deuxième temps, des élections anticipées pourraient être convoquées. Chacun pour soi et on compte ses voix ? ERC se coalise avec les socialistes et les Comuns ? Junts reçoit le soutien implicite des indépendantistes non encartés ? L’ANC et les déçus de la « guerre des partis » poussent à une candidature indépendantiste alternative ? Les droites (PP, Ciutadans et Vox) tirent profit des divisions ? L’abstention gagne du terrain et brouille le jeu politique ? Une majorité stable ou un parlement ingérable sortiront-ils des urnes ?
Face aux incertitudes et à cet imbroglio, n’y-a-t-il que des mauvaises solutions ?
En mai 2023 se dérouleront les élections municipales avec peut-être un nouvel éclairage sur les forces en présence et les possibles alliances.
La Catalogne qui apparaissait comme un laboratoire original dans une Europe en proie aux crispations et à la montée des populismes est toujours à la recherche d’une nouvelle voie.
Pere Manzanares