Un autre regard sur le handicap

Un autre regard sur le handicap

Une loi qui a soulevé beaucoup d’espoir, mais qui se heurte au mur de l’austérité et des préjugés, selon Françoise Fiter vice-présidente du département en charge du handicap.

Loi 2005


Une loi qui a soulevé beaucoup d’espoir, mais qui se heurte au mur de l’austérité et des préjugés, selon Françoise Fiter vice-présidente du département en charge du handicap.

Interrogée sur le bilan de la loi de 2005, Françoise Fiter met en lumière les réelles avancées et les obstacles qui demeurent.
Quel bilan de la loi au bout de vingt ans ?

C’est une loi d’ampleur, on sortait d’un regard médical sur le handicap pour une vision globale de la personne handicapée dans son environnement. Les objectifs de la loi portaient sur l’égalité des droits et des chances, sur la participation citoyenne ; elle faisait aussi obligation de l’accessibilité. Des objectifs qui n’ont pas été tenus au niveau nécessaire. Il y a eu de réelles avancées sur l’accessibilité, mais celle-ci ne saurait être que physique, elle concerne la mobilité, l’accès à la culture, à l’école, au travail, à la vie sociale…

Même pour l’accessibilité aux bâtiments, hormis les bâtiments publics, il reste beaucoup de possibilités dérogatoires. On reste dans une logique validiste, on est loin de l’accessibilité universelle.

Parmi les avancées ?

L’école est beaucoup plus inclusive qu’il y a 20 ans, mais les politiques d’austérité pèsent, par manque de volonté politique les moyens ne sont pas à la hauteur. On assiste à une volonté libérale d’inclusion, à marche forcée, alors qu’il faut aussi des places dans les établissements pour enfants et adultes.

Il faut noter que toutes les avancées sont liées à des mobilisations, comme la déconjugalisation de l’AAH : Allocation d’adulte handicapé, elle est de 1 016,05€ (en-dessous du seuil de pauvreté), comme les nouvelles prestations compensatoires (aide à la parentalité, aux handicapés psychiques).

Très récemment le statut des travailleurs en ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail) a été amélioré.

Les points noirs ?

La loi ELAN (2018) sur le logement prévoit 20 % de logements accessibles contre 100 % auparavant, c’est un recul.

Le logement est une vraie problématique, handicap rime souvent avec pauvreté et précarité. Il manque des logements sociaux en général et donc des logements sociaux adaptés. Un parcours du combattant pour les personnes handicapées, la loi n’a pas changé ça.

L’accès à l’emploi reste difficile pour les personnes handicapées, l’obligation de 6 % d’emplois réservés dans le public comme le privé est rarement atteinte. La discrimination à l’emploi est réelle, chômage et précarité sont trop souvent la règle. D’autant qu’un accompagnement est nécessaire pour l’entreprise, pour le personnel, pour la personne. Cela nécessite beaucoup de moyens.

L’action du département dans ce domaine ?

La loi irrigue les politiques départementales, le handicap est une de nos compétences. La collectivité intervient dans ce domaine avec des moyens insuffisants. Nous travaillons quotidiennement avec la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées) avec la volonté politique de rendre le meilleur service. Nous essayons d’améliorer et de simplifier. Ainsi en développant l’AAH sans limite de durée. Nous accompagnons la personne handicapée dans le cadre de l’aide à domicile (appui à la professionnalisation du service). Nous accompagnons les établissements accueillant des adultes, créons des places. Nous avons également développé l’habitat inclusif, amélioré la vie sociale des personnes handicapées. Enfin, depuis 2018, nous développons des actions de sensibilisation au handicap : lutte contre les préjugés, contre les stéréotypes.

En conclusion ?

La loi de 2005 a soulevé beaucoup d’espoir, mais elle se heurte au mur de l’austérité et des préjugés. Rappelons que la France a été condamnée par l’ONU en raison de sa politique insuffisamment inclusive. Notons aussi que le handicap est un secteur où les associations sont très actives et revendicatives. Même si nous ne sommes pas toujours d’accord, le département travaille en lien avec elles.

Propos recueillis par Nicole Gaspon

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