Traces d’histoire et d’histoires

Traces d’histoire et d’histoires

Année anniversaire pour le Mémorial de Rivesaltes qui célèbre ses dix ans avec Objets de mémoires, une exposition fruit d’une démarche inédite.

Objets de mémoires © Nicole Bergé


Une exposition pour les 10 ans du Mémorial

Année anniversaire pour le Mémorial de Rivesaltes qui célèbre ses dix ans avec Objets de mémoires, une exposition fruit d’une démarche inédite.

L’année 2025 signe « l’an II du Mémorial » selon l’expression de Céline Sala-Pons, directrice de la structure. Dix ans depuis l’ouverture, dix ans de manifestations, d’expositions, de rencontres, de conférences… le lieu est désormais un pôle incontournable de mémoire, d’histoire, de transmission.

Dix ans, c’est aussi le moment d’évoluer, de se renouveler, aussi l’équipe est-elle fortement mobilisée. Première étape, l’exposition Objets de mémoire, inaugurée le 15 mars, à voir jusqu’au 20 février 2026, « la grande expo des dix ans » précise la directrice. Et l’occasion de souligner « la vitalité du Mémorial, démontrée notamment avec l’exposition Mémoires nomades qui vient de s’achever, réalisée avec une ouverture vers l’extérieur ; le Mémorial a accompagné les associations partenaires ».

Démarche amplifiée aujourd’hui avec Objets de mémoire, véritable « aventure collective » qui comprend deux aspects, le travail d’une artiste plasticienne, Nicole Bergé et un travail de groupe, la dimension citoyenne. L’équipe du Mémorial a constitué un groupe de citoyens qui ne connaissaient pas l’histoire du lieu. Dix personnes de tous âges, hommes et femmes, n’ayant aucun lien avec le Mémorial, qui ont fonctionné toute l’année pour réaliser la deuxième partie de l’exposition.

La commissaire d’exposition est Claire Muchir, directrice du musée d’Art Moderne de Collioure, appui aussi de professionnels, d’historiens… L’idée directrice, Céline Sala-Pons l’énonce ainsi : « l’objet se fait ici passeur d’histoire, transmetteur de mémoires multiples unifiées dans un récit commun. »

L’artiste, Nicole Bergé

 L’artiste a, durant plus de 20 ans, récolté des objets dans le camp, objets de toutes sortes, des « déchets de l’histoire », fortement marqués par le temps et l’usure. Pour elle, « ils permettent une rencontre directe avec l’histoire ».

En pénétrant dans la salle d’exposition, ce sont ses réalisations que l’on rencontre en premier et c’est un choc. Des installations qui recèlent un nombre incroyable d’objets, et aussi de mots. Ferrailles, bris de vaisselle, de métaux, culs de bouteilles… entassés, joints en improbables assemblages, couleur dominante, le brun, la rouille. Mais tout cela a un sens, ces objets renvoient à des hommes et des femmes qui sont passés, à des vies, renvoient à l’enfermement, à l’exil, à la disparition. Ils évoquent autant l’intime que le collectif ; « poignant ».

L’expo de groupe

« Fruit d’un travail collectif et participatif » dit Claire Muchir ajoutant « des citoyens volontaires ont sélectionné dans les collections une quarantaine d’objets et les ont mis en scène…ils ont construit ensemble une exposition où les regards et les récits s’entremêlent ».

Ce sont neuf modules d’objets qui se répondent les uns aux autres, cinq textes au sol ponctuent le parcours de visite. Le visiteur chemine entre panneaux de plexiglas et ensemble d’objets choisis. L’une a voulu montrer des dessins, l’autre des listes de noms, un autre encore une pochette, une chaussure…Les phrases au sol complètent, ainsi Nuria : « cet espace réactive en moi de multiples images, d’odeurs et de sentiments qui traversent mon histoire et celle de ma famille. » Ou Cathy : « c’est un désert glacé limité d’ajoncs épineux rouillés où le sable décape les corps meurtris d’indésirables de toutes sortes ». Ou Pierre : « on ne peut pas s’imaginer ce qu’ils ont vécu… »

Ces dix personnes, au départ intimidées, se sont fortement impliquées dans l’entreprise. Ils et elles témoignent.

Cathy, retraitée, 75 ans : « peu encline à tenter l’aventure collective, j’ai trouvé formidable la façon dont on nous a amené à travailler ensemble, dans le respect de nos choix et de nos mots ».

Joan, étudiant en histoire, dix-neuf ans : « je suis passé des salles de cours à ces moments ensemble où l’Histoire s’est matérialisée. Ce passage par l’objet est très concret ».

Mélanie, free-lance en communication et photographe, quarante-cinq ans : « il n’y a eu aucun conflit dans le groupe, chacun a accepté la nuance, le débat. On est allé en profondeur des choses dans une époque où on ne lit que les gros titres ».

Une exposition qui fera date, tant par son contenu que par la démarche inédite qui l’a permise. À voir et faire voir.

Nicole Gaspon

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