Théâtre action

Théâtre action

La beauté du geste, pièce créée par Nathalie Garraud et Olivier Saccomano et la troupe des 13 Vents, interroge avec brio la fonction politique du théâtre.

Théâtre. La beauté du geste, pièce créée par Nathalie Garraud et Olivier Saccomano et la troupe des 13 Vents, interroge avec brio la fonction politique du théâtre.

Trois ambiances, trois couleurs, trois pièces en une. La beauté du geste, donnée dans le Carré de l’Archipel deux soirs de suite, fait passer le spectateur d’un décor ensoleillé au noir des uniformes de CRS baigné de gaz lacrymogènes à la lumière crue d’un tribunal. État d’urgence, police, justice… voilà du théâtre qui s’annonce comme résolument politique. Aux commandes, Nathalie Garraud et Olivier Saccomano avec leur troupe et celle des 13 Vents de Montpellier, cinq acteurs, deux femmes et trois hommes. Les spectateurs sont installés sur des rangées se faisant face, les acteurs évoluant au milieu à la façon d’un défilé de mode, ou d’une arène. Acte I, des comédiens frappés par l’état d’urgence, en recherche de lieu, de sujet, ils errent, transportent des pans de décor, vont, viennent, s’interrogent. Acte II, sur une scène plongée dans le noir, les mêmes en tenue de CRS, casqués, bottés, une manif, des violences, des fumées, ils s’épanchent, doutent, disent leurs angoisses existentielles, ne sont-ils pas censés être gardiens de la paix ? Acte III, un tribunal où les accusés sont celles et ceux qui ont participé à la pièce de théâtre où les CRS n’étaient pas conformes, un délit ! Là, ça tourne à la farce, les acteurs se transforment pour jouer plusieurs des « accusés ». Avec une virtuosité bluffante, ils se changent sur scène sans que le public s’en aperçoive, se succèdent ainsi à la barre un bègue, une actrice de porno, un rappeur…sont aussi convoqués Kierkegaard, Godard. C’est follement drôle. Bien sûr, les tenants de l’ordre moral sont ridiculisés car le théâtre est tout le contraire, liberté, générosité, subversion. Et la justice devrait avoir d’autres chats à fouetter.

Une réalisation percutante qui fait passer une revendication forte sur le théâtre, sur l’art, sur la société. Qui le ferait d’autant mieux en étant plus ramassée, il y a juste une demi-heure de trop.

NG

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