Tant qu’il y aura des armes…

Tant qu’il y aura des armes…

Réflexions économiques autour de la résiliation par l’Australie du contrat d’achat des sous-marins français.

Réflexions économiques autour de la résiliation par l’Australie du contrat d’achat des sous-marins français.

L’indignation a été quasi-générale tant dans la presse, que des politiques et surtout du gouvernement. Un scandale, un véritable scandale. Les Australiens ont résilié leur contrat d’achat de sous-marins français. Pire, ils en ont acheté aux américains.

Chacun peut comprendre les motifs de cette indignation. La rupture d’un contrat. Cela ne se fait pas. Non vraiment entre gens bien on ne remet pas en cause un contrat. Par contre, lorsqu’un gouvernement ne respecte pas le vote de la population – par exemple comme pour le traité constitutionnel européen en 2005 – ils sont moins nombreux à s’offusquer.

Puis, ce sont les impacts pour l’économie nationale. Cela va nous faire perdre beaucoup d’argent et aura des effets désastreux sur l’emploi. La perte serait de 56 milliards d’euros. Quoi mais c’est énorme ! Cela représente une perte de 800 euros par habitant. Les Australiens nous ont fait un bien mauvais coup. Mais est-ce si sûr ?

Le contrat portait sur un montant de 56 milliards d’euros. Seulement, la part qui devait revenir à l’économie nationale était de 12 milliards. L’accord initial prévoyait qu’une partie de la production se ferait en Australie. 12 milliards c’est encore beaucoup mais quand même un peu moins.

Cette rupture ne va pas contribuer à améliorer notre balance commerciale. Certains emplois risquent d’être menacés. Pour les personnes concernées, cela sera certainement très dur. De même, le manque à gagner pour certains va être non négligeable. Mais faut-il en faire un affaire d’État  ? Mieux, faut-il s’en alarmer d’un point de vue économique ?

D’autres questions majeures méritent d’être posées

La réponse à cette question tient en trois interrogations. Est-ce ce que l’on produit qui est important ou ce qui compte avant tout c’est de produire ? Est-ce que la manière dont on produit compte ? Est-ce que la répartition de la richesse produite mérite que l’on s’y attarde ?

Les tenants de l’indignation, de toute évidence, répondent par la négative aux trois questions. Peu importe ce que l’on produit. Peu nous chaut comment on le fait. Qu’importe la question de la répartition.

À la première question, la vision purement « comptabiliste » – on produit donc c’est bon – mérite d’être interrogée. Ce que nous produisons compte pour aujourd’hui mais aussi pour demain. Produire des armements peut conduire à leur usage. On nous objectera : vous êtes des idéalistes. Il est nécessaire de se protéger. Le développement de l’armement serait un gage de paix. Pourtant, Howard Zinn dans Histoire populaire des États-Unis montre exactement le contraire. Les États-Unis ont une économie fortement basée sur la production d’armements. Ils sont amenés à faire régulièrement la guerre. Et que dire si ce qu’on produit a un effet négatif sur la planète ?

Sismondi, dans La nouvelle économie politique (1819), dit : « Si le roi d’Angleterre disposait d’une machine dont il lui suffirait de tourner une manivelle pour assurer toute la production nécessaire au pays, les habitants verraient-ils leur situation s’améliorer ? ». Réponse : « rien ». Et que dire si pour produire, on a utilisé le travail des enfants ou l’esclavage ! La manière dont sont produites les richesses compte aussi.

Enfin, à ceux qui prétendent que la question de la répartition ne serait pas essentielle, nous pouvons leur rappeler que David Ricardo – loin d’être un progressiste – enseignait : « ce qui est premier en économie est la répartition des richesses. La croissance économique, au moins son importance, en découle. La quantité produite dépend de la manière dont la richesse ainsi créée va être partagée ».

Le travail n’est pas une réalité abstraite

Ne pas tenir compte de la nature de la production, de la manière dont elle est faite et de la répartition des richesses a des conséquences importantes. Tout est mis sur le même plan. Tout est pareil du moment que le PIB augmente. C’est le raisonnement de ceux qui se sont si facilement indignés. Cela consiste à faire du travail une réalité abstraite. C’est empêcher de le penser comme un moyen de réalisation de l’humain. Le peu importe la production, ni le comment on produit et comment on répartit les richesses, c’est la base même de l’aliénation.

La vente de frégates de guerre à la Grèce et celle d’avions aux Émirats arabes a atténué leur indignation. Le chemin va être long…

Andefroi

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