
Serdinyà

La balade du randonneur. Le P.O.T. Rando’ Club(*) vous invite dimanche le 17 avril 2022 à faire une balade.
Durée : 4h30. Dénivelé : 520 m. Difficulté : moyen. Conditions : licence annuelle 35 euros ou assurance journalière 3 euros. Repas grillade : apporter apéro, vin, eau, viande… Départ : 8h30 au parking de la piscine du Moulin à Vent à Perpignan.
La Sagionia de Serdinyà

Serdinyà est une ville de petite taille située dans la Haut-Conflent, le long de la Nationale 116.
Le village parait bien triste quand on le traverse : façade abîmée, maisons abandonnées, on se demande même pourquoi Serdinyà vit encore. Et puis il suffit de garer son véhicule sur les quelques petits parkings au début et à la fin du village pour mieux le comprendre.
En fait, en le traversant, on ne voit qu’une partie peu fréquenté par les habitants, qui vivent face au Soleil, côté Sud. Quelques petites rues très escarpées descendent vers le cœur du village et rencontrent une rue transversale qui longe la Nationale mais en contrebas. Totalement invisible du haut, elle est plutôt agréable et curieusement on n’entend pas trop la route.

Tout en bas il y a une place centrale en forme de cercle. Elle est arborée et dispose d’une fontaine, d’une aire de grillade, et même d’un parking souterrain. C’est surprenant, on ne s’y attend pas, et pourtant, c’est bien la preuve d’un village dynamique, qui organise des festivités et possède des associations.
De l’autre côté de la Têt, se trouve le village primitif et l’église paroissiale.
Il y avait à Serdinyà une église paroissiale dont le village était sur la rive droite et un hameau tout proche, sur la rive gauche. Ce hameau était considéré comme un second village (Secundinianum), qui a donné au XIe siècle Segondaniano, puis Sechdeniano au XIVe et enfin Seddiniano au XVIe, puis Serdinya de nos jours.
L’histoire de Serdinyà commence durant la période romaine. En 121 avant JC les troupes romaines envahissent le Roussillon et remontent vers la Cerdagne. Peu à peu ils structurent la région et construisent de grandes voies de communication.
La Via Confluentana reliait la plaine à la Cerdagne (l’ancêtre de la RN116), elle était régulièrement parsemée de gîtes d’étape pour faire reposer les voyageurs et leurs chevaux. Serdinya était l’une de ces étapes.

Après la conquête carolingienne du IXe siècle les rois francs facilitèrent l’implantation des abbayes dans les endroits les plus reculés des territoires nouvellement pris sur les sarrasins. St Michel de Cuxa ou l’abbaye de Régleilles ont cette origine. Ces abbayes ont essaimé des chapelles tout autour d’elles.
C’est ainsi que fut construite une chapelle sur le site de Serdinyà, chapelle autour de laquelle se sont implantés les premiers Francs venant peupler cette région devenue désertique après le passage des sarrasins.
Elle était dédiée à St Côme et St Damien, elle a été construite durant le XIe siècle, puis remaniée au XIIe et XIIIe siècle : on supprima la voûte en plein cintre pour en construire une autre, plus solide et plus haute. La nef de 16m par 5,40 se terminait par un grand clocher, sorte de tour de refuge en cas d’agressions. Le portail a été retouché au XVe siècle. Au XVIIIe siècle on ajouta une seconde nef, côté Nord, tandis que le Sud voyait apparaître le deuxième bras du transept. Le tout faisait à peu près un carré de 16m de côté.
L’extérieur est doté d’un clocher récent et d’un petit campanile abritant une cloche que l’on pouvait actionner de la sacristie. Le retable du maître autel date de 1661. Le 11 avril 1661 Louis Générés, célèbre sculpteur de retables, fit la promesse de faire un retable dédié à St Côme et St Damien avec son tabernacle pour 45 doubles d’or et une charge de vin.
Une deuxième chapelle a été construite à Serdinyà. Dédiée à St Sébastien, elle fut édifiée en 1869 et contient des statues du XVIIe siècle de St Sébastien, St Antoine et St Éloi.
Au début du Moyen-âge les villages étaient extrêmement éparpillés, ils s’agissaient plus d’une vallée ou d’une montagne sur laquelle ont été construites des métairies que de véritables agglomérations. Peu à peu ces métairies se sont regroupées pour mieux se protéger, formant la base des villages tels que nous les connaissons de nos jours.
Ainsi au Moyen-âge le village initial était sur la rive droite de la Têt, là où se trouve aujourd’hui le lieu-dit « Le Bac ». Il avait plusieurs hameaux :

- Serdinyà, sur la rive gauche ;
- Les Hortals. Il s’agissait des jardins dans lesquels quelques manses furent construites, assez loin au Nord-Est, sur le haut de la Soulane ;
- Joncet, plus haut dans la vallée, également sur la rive gauche, actuellement appelé « Joncet du Bac » ;
- Flassa (Flaccianum), en haut de la montagne « la Soulane » ;
- Marignans (Marinyans), plus haut à l’Est ;
- La Guardia, plein Est.
Mais durant le Moyen-âge les hameaux proches de la Têt se déplacèrent en hauteur, probablement pour échapper aux fréquentes crues. Ainsi le village principal se déplaça sur son hameau Serdinyà, et Joncet partit en face, également sur la rive gauche. Les autres lieux n’étaient pas concernés.
Ce déplacement eut lieu avant 1392 car cette année-là le capbreu (registre terrier) indiquait qu’il existait déjà l’hôtellerie banale de la seigneurie « in cabanis de Sechdeniano ».

À l’origine le village et ses hameaux étaient dirigés par un « sagio » ou « saig », un officier de justice. Par extension ce mot a désigné le village lui-même (la sajonia). Il semble qu’il s’agisse à cette époque d’un domaine comtal, tout comme sa voisine Villefranche. Le comté de Cerdagne étant passé au comte de Barcelone en 1117 puis à la couronne d’Aragon en 1162, Serdinya sera sous domination royale jusqu’au traité des Pyrénées en 1659. Mais cet état n’empêchait pas la possession de quelques manses ou terres par d’autres propriétaires : à Marignans par exemple, le manse de Mirles était à l’abbaye St Martin du Canigou. En 1568 le vicomte d’Evol possédait le manse d’En Vidal sur lequel il fera bâtir le château de la Bastide.
Le capbreu de 1441 indique les reconnaissances des maisons et propriétés tenues pour le roi aux territoires de Secdenya, Joncet, Mirles et autres, formant la Sayonia de Serdinyà. Suit la liste des propriétaires. Le 29 août 1405 le roi Martin d’Aragon donna aux habitants les mêmes franchises qu’à ceux de Villefranche. Cet évènement était capital pour ce petit village car il plaçait les habitants sur le même pied d’égalité que ceux du village voisin, beaucoup plus puissant.
Les moulins de Serdinyà furent aliénés en 1494. Celui de Serdinya appartenait à la famille de Llar, celui de Joncet appartenait à la femme de Barthélémi Miquel, cordonnier de Villefranche. A Joncet il y avait un deuxième moulin, il appartenait à la famille Reynès-Llauri, de Joncet.
Ces possessions prises sur le domaine royal pouvaient être inféodées, ils en obtenaient les droits pécuniaires. Ainsi en 1568 les héritiers d’un certain Matthieu Bambozer cédaient en faveur du seigneur de Llar les droits qu’il avait engagés de la dîme à recevoir sur des prés et des champs du territoire de Serdinyà. Toutefois tous les tenanciers de la Séjonia étaient soumis à la juridiction civile du viguier de Villefranche.

Petit village très étendu, le Serdinyà du Moyen-âge est difficile à appréhender en termes de population. Il s’agissait d’un village agricole mais le peu de terre labourable nous prouve qu’il n’y avait pas beaucoup d’habitants.
En 1355 eu lieu un recensement fait dans le but d’établir la liste des feux royaux des vigueries du Roussillon et du Conflent imposés pour financer la guerre de Sardaigne.
Serdinyà y possédait 39 feux (200 personnes).

En 1385 un autre fogatge nous apprend qu’il y a 21 feux, soit plus d’une centaine de personnes.
Entre 1654 et 1710 la présence française attira de nombreux corps de métier dans la vallée de la Têt. Serdinya en profita et accueillit différents artisans (pareurs, cloutiers, muletiers).
En 1691, la ville en était à 152 feux (900 personnes), et en 1789, 125 feux (750 personnes).
Les Horts
L’histoire des Horts est intimement liée à celle de Serdinya. Bien que le reste des hameaux soit sous la coupe directe du roi (Serdinyà était un domaine royal), les Horts dépendaient de la vicomté d’Evol. Le vicomte y possédait un château, une sorte de bâtisse fortifiée destinée à protéger la population locale en cas d’agression, mais aussi à protéger ses propres intérêts.
Le hameau possédait un château sur le roc fortifié dit de « Requenso », l’actuel Roc del Castell.

Spirituellement, la paroisse était rattachée également à Serdinyà. D’ailleurs la dîme qui en était tirée était partagée par tiers entre l’archidiacre du Conflent, le camérier de Cuxa et le vicomte d’Evol. Les habitants n’ont jamais vraiment été très nombreux. La terre n’était pas fertile, le lieu pouvait servir à faire paître les bêtes plus qu’à cultiver des légumes ou céréales.
C’est pourquoi une grande partie de la population descendait quotidiennement à Marignans pour travailler la terre, puis remonter le soir. En 1585 il restait 5 agriculteurs aux Horts. Jean Selva, François Soler, Pierre, François et Jean Quérol. Une personne de Villefranche avait en outre obtenue la plus grande manse du village plus l’héritage de quelques habitants.
En 1791 on y comptait 9 familles. L’administration du village était faite par un batlle et un unique consul. Les Horts ont été réunis administrativement à Serdinyà en 1822 suite à son dépeuplement. Le village fut définitivement abandonné en 1850 à cause de la disette.
Flassa

Aussi appelé Flaça, Flassa est un hameau situé sur les hauteurs de Serdinya. Le hameau possède une église attestée en 1163 à travers un document qui indiquait les possessions de l’abbaye de St Martin du Canigou. La dîme de Flassa appartenait pour un tiers au seigneur de Jujols, un deuxième au curé de Jujols. Il faut dire que les églises de Jujols et Flassa s’étaient jointes.
Dédiée à St Marcel, elle a une abside rectangulaire voûtée en plein cintre. Des bandes lombardes en décorent l’extérieur. La nef est unique, initialement voûtée. Sa voûte a été remplacée par une charpente de bois à une époque plus récente. Le clocher-mur s’élève au-dessus de l’arc triomphal à la jonction de la nef et de l’abside. Intérieurement l’église possède une cuve baptismale rustique et un retable du XVIIe siècle contenant les statues de St Marcel, de St Sébastien et de St Gaudérique.

L’église St Marcel de Flassa est désormais définitivement restaurée, grâce en partie à l’association de sauvegarde du patrimoine de Serdinyà-Joncet.
Flassa est un hameau de Serdinyà qui, d’après Pierre Vidal, formait avec Marinyans, Joncet et La Guardia, une circonscription judiciaire connue sous le nom de Sajonia de Conflent dont Serdinyà était le siège.
Marignans
Marinyans en catalan est un hameau de Serdinyà aujourd’hui en ruine. Il se trouve au bout d’un chemin qui parcourt la Soulane, la montagne surplombant la vallée de la Têt.
L’église de Marignans, dédiée à Notre de Dame de l’Assomption, qui fut une riche dépendance de la collégiale Sainte-Marie de Serrabone, a dû être détruite en 1895. Elle menaçait ruine. Son état était devenu trop dangereux. Son chevet semi-circulaire est encore en partie debout. Il présente un bel appareil de granit aux blocs de grandes dimensions parfaitement taillées et assisées.

Vers le XIIe siècle l’ordre religieux des Augustins commencent à s’implanter un peu partout dans la région. Marignans se distingue par l’installation d’une prévôté d’Augustins sur un terrain dont l’existence est attestée en 1303.
Leurs buts étaient d’être présents dans cette partie des Pyrénées fort à l’écart.
Il disposait pour ça de l’alleu de Marignans, c’est à dire tout le vallon sauf la manse Mirles et de ce qui appartenait à La Guardia.
En échange ils avaient l’obligation de célébrer une messe par dimanche et jour de fête.
Sainte-Marie de Marignans possédait un important mobilier médiéval qui a été transporté dans l’église paroissiale de Saint- Côme et Saint-Damien de Serdinyà. En plus d’un retable gothique et d’une Vierge à l’Enfant de tradition romane, on compte un Christ en croix roman.
Joncet
Initialement sur la rive gauche de la Têt, au milieu des seuls terrains plats agricoles, Joncet est passé sur la rive droite et un peu plus en hauteur avant le XIVe siècle. La raison nous est inconnue, mais il s’agissait très probablement d’éviter les fréquentes crues de la Têt, quitte à s’éloigner des terrains cultivables.
Les habitants de Joncet et ceux de Serdinyà étaient dépendants du même seigneur, le roi lui-même. Joncet était en effet une possession des comtes de Cerdagne, passée en 1117 au comte de Barcelone puis en 1162 au roi d’Aragon. Par la suite il n’a jamais changé de seigneurs jusqu’au traité des Pyrénées en 1659.

Il semble que la famille de Joncet eut une certaine gloire. Propriétaire de manses à Escaro, elle aurait périclité aux alentours du XVIIe siècle. Il s’agissait de la famille Mas dont un certain François était curé à Ayguatébia en 1654. L’église de Joncet est dédiée à St Jean-Baptiste, elle date de 1646. Elle appartenait à la famille Mas qui l’avait fait construire et dont la maison était toute proche. En 1860, elle fut rachetée par Michel Clastres, curé de Codalet qui l’a restauré.
La dîme de Joncet appartenait initialement à la reine Esclarmonde de Majorque, qui la donna par testament en 1312 pour l’entretien de deux chapelains aux églises des Clarisses et des Grands-Augustins de Perpignan. En 1757 elle fut donnée à Philippe de Copons de Réart, chanoine d’Elne, puis à sa mort au sous-diacre Jean-Baptiste de Banyuls de Montferrer.
Il le conservera jusqu’en 1791, année durant laquelle la révolution abolit sa perception. L’usage de Joncet voulait qu’on ne payait pas de dîme sur les petites récoltes : pois, lentilles, etc. pour la consommation personnelle.
Pour se renseigner, tél à : Jean-François 04 68 56 81 03 / 06 20 40 63 05
(*) Le Perpignan Omnisports des Travailleurs-es, association affiliée à la F.S.G.T.
Jean-François Menny