Remettre de l’humain

Remettre de l’humain

C'est souvent la perte de sens qui mène à la souffrance au travail. Redonner du sens à son travail n'est pas une mince affaire.

Travail

C’est souvent la perte de sens qui mène à la souffrance au travail. Redonner du sens à son travail n’est pas une mince affaire.

La question du sens au travail revient en grand dans la tête des travailleurs, particulièrement depuis l’épidémie de Covid-19. Quelques chiffres parlants : 92 % des salariés s’interrogent sur le sens de leur activité, selon une étude « Audiencia et Job Make Sens » en date de 2022. Une autre étude, de « Projet Sens », affirme que « 43 % des actifs envisagent de quitter, leur emploi, dans les deux ans, pour un autre ayant plus de sens ». Le constat est que les travailleurs veulent du sens dans leur quotidien.

Globalement, on compte 2,5 millions de départs volontaires, démissions ou ruptures conventionnelles en 2022. Un chiffre inédit. Les origines de ce mal-être sont liées aux grandes évolutions managériales des quarante dernières années, en particulier le management par les chiffres. Les investisseurs financiers imposent l’exigence d’une rentabilité élevée.

Le moral des travailleurs en baisse

Le maçon soumis à des conditions très difficiles, le froid l’hiver, la chaleur l’été, ressent de la fierté à montrer les maisons construites de ses mains. Mais lorsqu’il est employé à produire des cages à lapins pour qu’un géant du BTP se gave en bourse, quel sens donner à son métier ? Idem pour le chercheur employé dans un groupe pharmaceutique, plus enclin à voir son action grimper que de répondre aux besoins de la société. La compétitivité et la course à la rentabilité ont entamé le moral de nombre de travailleurs, tous secteurs confondus, dans le privé comme dans le public.

C’est l’argent roi qui abîme le travail bien fait. C’est parce que ceux qui produisent les richesses en sont dépossédés que la souffrance explose. Le travail ne paie pas, ou si peu pour une écrasante majorité de salariés, comme celui des femmes soumises aux temps partiels. Par exemple, le secteur d’aide à la personne est en crise, car le système capitaliste broie tout ce qui n’est pas argent.

Le partage de la richesse est le grand sujet à mettre sur la table pour redonner aux travailleurs voix au chapitre. Le travail devrait donc se définir comme l’activité humaine qui crée des valeurs et des richesses et qui doit se nourrir de valeurs pour cette création. C’est le travail qui fait l’humain, avec la pensée et le langage. Les luttes actuelles pour la défense des « conquis » auraient d’autant plus de force qu’elles se situeraient dans ces perspectives. Il s’agit de remettre « l’humain d’abord » au centre.

Dominique Gerbault

TAGS