Portraits en majesté

Portraits en majesté

© DR. Serviteur par Hyacinthe Rigaud / Une beau portrait signé Nicolas de Largilliére.

Exposition. Plus que quelques jours pour voir, au musée Rigaud de Perpignan, comment François de Troy, Nicolas de Largillière et Hyacinthe Rigaud ont, en leur temps, révolutionné l’art du portrait. 

C’est une exposition d’envergure qui occupe le musée Rigaud depuis le mois de juin, elle se terminera le 7 novembre, il ne faut pas la rater. Il s’agit à coup sûr d’un événement, par sa dimension, par le partenariat avec les musées de Versailles et du Trianon qui l’a rendue possible, par le rapprochement inédit entre trois artistes actifs sous la deuxième moitié du règne de Louis XIV jusqu’à celui de Louis XV. L’exposition montre comment François de Troy (1645-1730), Nicolas de Largillière (1656-1746) et le Catalan Hyacinthe Rigaud (1659-1743) ont révolutionné le genre en France. Avec eux, le portrait change de statut, de témoignage, de représentation, il devient « une création d’art total réunissant en son sein tous les genres », et il raconte une histoire. L’accrochage, les cartels le démontrent de manière parfaitement claire. 

Dès l’entrée, le visiteur est confronté à sa propre image dans un miroir piqué, petit clin d’œil, avant de se trouver devant le célébrissime portrait de Louis XIV par Rigaud, toile venue de Versailles. On apprend que Rigaud ne se glorifiait pas de son origine perpignanaise, il a ainsi ajouté un D à son patronyme. Il était attaché à sa famille, voir le beau portrait de Maria Serra, sa mère. Il a aussi peint un serviteur noir, le cartel rappelle qu’en 1716 l’esclavage était prohibé en France. 

Des œuvres qui éclairent l’histoire

Maria Serra, mère de l’artiste par H. Rigaud.

De Nicolas de Largillière ce sont des portraits lumineux, la beauté des expressions. Il faut s’attarder sur le portrait de famille de la Marquise de Noailles et sa symbolique clairement expliquée, le souvenir du père défunt, la fuite du temps, la séparation, l’inconscience de la jeunesse. Plus loin, plusieurs œuvres déclinent la symbolique des fleurs, la rose pour la beauté, le laurier pour la victoire, le chèvrefeuille pour la longévité… Toujours, la splendeur des costumes, les couleurs chatoyantes du satin, l’or, les brocards, des couleurs souvent choisies pour accorder le tableau à son environnement. Ces peintres, au service d’un roi dont le règne a été une guerre ininterrompue (elle représentait 57 % des dépenses de l’État), ont laissé de nombreux portraits de militaires, plusieurs sont exposés, de même des portraits d’ecclésiastiques, comme le voulait l’époque. Une époque qui voulait aussi que les portraits soient circonscrits aux hautes sphères de la société, notables et princes étaient une source de revenus intéressante pour les artistes. Le parcours se clôt sur des portraits sous l’aspect de héros de la mythologie. 

Cette exposition d’une centaine d’œuvres venues des quatre coins de la France et au-delà (jusqu’à Shanghai) est une remarquable leçon d’art et d’histoire.

Musée Rigaud, rue Mailly, du mardi au dimanche de 11h à 17h30.

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