
Pièce pour public averti
" Par Autan ", dans la mise en scène de François Tanguy, récemment disparu, un objet théâtral singulier, voire hermétique pour qui n’en possède pas les clés.

Archipel
» Par Autan « , dans la mise en scène de François Tanguy, récemment disparu, un objet théâtral singulier, voire hermétique pour qui n’en possède pas les clés.
C’est dans Le Grenat de l’Archipel qu’était donné Par Autan par le Théâtre du Radeau, dans la mise en scène et la scénographie de François Tanguy, disparu en décembre dernier à seulement 64 ans. En l’absence de son créateur, la troupe poursuit sa tournée de presqu’un an qui s’achèvera à Besançon en mars 2023.
Sur scène, un capharnaüm, objets divers, meubles dépareillés, animal empaillé, rideaux, panneaux transparents…Cela débute par une voix off disant un texte peu audible. Puis débarquent les comédiens, sept, dans des costumes improbables, difficiles à situer dans le temps, c’est assez chargé, il y a des perruques. Ils vont et viennent, disent des textes qui n’ont pas de lien entre eux, pas de dialogues, donc, ni de vraie intrigue. Le spectacle fonctionne façon évocation, on repère du Tchekhov, ou Le prince de Homburg, les comédiens parlent parfois en espagnol, en allemand. Plusieurs morceaux de musique ponctuent ces déclamations, Bach, Brahms, Beethoven…Et le vent, par moments il souffle en rafales, gonflant les jupes, faisant voler les rideaux, rudoyant les personnages. Ces tempêtes, aussi fulgurantes que brèves, offrent des moments théâtraux assez saisissants, en même temps que des respirations, si j’ose dire, au sein d’un spectacle qui exige beaucoup du public. D’abord, à éviter si l’on est malentendant, la plupart du temps les paroles se perdent, surtout quand les comédiens tournent le dos à la salle. Même en entendant, on peine à saisir l’enjeu de la pièce tant les propos semblent hors sol, impossibles à relier entre eux. Il faut attendre de quitter la salle pour recevoir un petit livret, et là, illumination, on comprend que la pièce repose sur un montage de textes des plus grands dramaturges, Shakespeare, Gongora, Von Kleist, Tchekhov (lui, on l’avait repéré), Robert Walser…Précieux livret rassemblant tous les textes dits, qu’il eut été judicieux de distribuer à l’entrée, la réception de la pièce aurait gagné en intelligibilité. Ce qui signifie que cette information était nécessaire à la compréhension de Par Autan, un spectacle donc, qui ne se suffirait pas à lui même ?
N.G.