Ordonnance de 45 : le coup de grâce

Justice des mineurs

Ils en rêvaient, Attal l’a fait L’Assemblée nationale a adopté, par cent-vingt-cinq voix contre cinquante-huit le projet de loi de Gabriel Attal qui durcit la justice des mineurs. Désormais, pour un mineur de plus de seize ans auteur d’un fait grave ou avec la circonstance aggravante de double récidive, le tribunal devra justifier le maintien de ce principe d’atténuation.

Une course à l’autoritarisme derrière le RN

Il s’agit d’un énième renoncement aux principes de la justice des mineurs établis en 1945. Portée par l’ex-premier ministre Gabriel Attal, soucieux de se placer dans la course à la posture autoritaire pour le leadership de la droite, la loi pour « restaurer l’autorité » de la justice à l’égard des « mineurs délinquants » et de « leurs parents » crée une procédure de comparution immédiate pour les mineurs de 16 ans. Elle prévoit aussi la suppression de l’atténuation de peine dont bénéficient les mineurs pour les auteurs de faits graves, et les multirécidivistes. Ce projet de loi tend à rapprocher la justice des mineurs de celle des majeurs. Cela fait longtemps que les forces de droite cherchent à détricoter, là encore, un des fleurons des acquis de la Libération. Comme pour la sécu ou les services publics qui coûteraient trop cher, il s’agit de faire croire aux Français qu’une partie de la jeunesse représente un danger potentiel pour la société. Alors on ressort la politique de la « trique », qui, bien entendu, ne réglera rien.

La délinquance :
un mal qui prospère avec la misère

Avant 1945, les mesures coercitives (colonies pénitentiaires, bagnes pour mineurs) étaient le lot des enfants errants, abandonnés ou délinquants. Le résultat a été catastrophique. Le grand journaliste, Alexis Roubaud, après une visite à la colonie pénitentiaire de Belle-Ile-en-Mer, publia un véritable réquisitoire qui fera amorcer une prise de conscience de la tragédie que vivaient ces enfants, soumis aux brutalités, aux sévices sexuels et aux humiliations de toute sorte. La prison et l’enfermement ne résoudront jamais le problème de la délinquance. L’exclusion d’une frange importante de notre peuple de la vie sociale, entre pauvreté et ségrégation, ne peut qu’entraîner des pertes de repères chez les parents et les enfants. C’est en s’attaquant avec force à ce phénomène qu’on pourra enrayer cette crise, pas en accentuant une répression qui risque de radicaliser encore un peu plus certains jeunes.

Roger Rio

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