
Nous, les ouvriers

Documentaire. France 2 a diffusé mardi 10 octobre un film qui retrace un siècle et demi d’histoire ouvrière. Une fresque qui n’est pas terminée, les ouvriers en France n’ont pas disparu.
Nourrie de témoignages et d’archives d’une vibrante authenticité, c’est une immense fresque que racontent Hugues Nancy et Fabien Béziat. L’histoire des ouvriers par eux-mêmes, ouvriers et ouvrières même si les femmes y sont en moindre nombre. En moindre nombre mais pas en moindre force, qu’il s’agisse de celles qui remplacèrent les hommes pendant la Grande Guerre, des sardinières de Douarnenez, qui ont chanté leurs luttes ou des ouvrières encore récemment en lutte, avec les hommes à la SAM de Decazeville, contre une fermeture qui passe mal. Le Nord, avec les mines, le textile et les migrations qui l’ont peuplé y tient une large part. Et son histoire dit tout de la féroce exploitation subie. « Un mineur, dit Aimable, mineur et fils de mineur, quand il arrive à 55 ans, c’est un robuste. La retraite à 50 ans, c’est pas pour te faire plaisir, c’est parce que tu es foutu ». Bien d’autres secteurs sont aussi représentés : l’automobile, notamment. Le travail dur, insupportable, et pourtant supporté, les cadences, chaque geste douloureux, les nouvelles technologies où désormais c’est parfois le robot qui donne les ordres. La guerre, lorsqu’elle survenait s’ajoutant aux autres drames.
Unis et solidaires
Mais les ouvriers, durant cent cinquante ans, avec tous les changements et les nouvelles formes d’exploitation qu’ils font naître, ce sont aussi les luttes et la solidarité. Pa s seulement au travail, dans la cité, mais dans toutes les formes de vie sociale. Pas d’améliorations sans luttes : pour la réduction de la durée du temps de travail, au 19e siècle pour les femmes et les enfants, puis au temps du Front populaire pour obtenir « les quarante heures », souvent remises en question depuis, et les congés payés, encore inimaginables quelques semaines en amont. En même temps que la solidarité dans les luttes, la solidarité au quotidien, les uns pour les autres. Et dès l’étau un peu desserré l’action pour profiter de la culture, des loisirs.
La force de ce film c’est aussi que ce sont les ouvriers eux-mêmes qui racontent leur histoire. Les auteurs l’ont voulu : « Nous avons voulu un récit au « nous », … une histoire ouvrière racontée par des ouvriers et eux seulement ». Pari hautement réussi. Un film à voir et à revoir sans modération.