
Nous les femmes …
Comment corriger en 50 ans deux millénaires de sociétés patriarcales ?

Société
Comment corriger en 50 ans deux millénaires de sociétés patriarcales ?
Cinq ans après le début du mouvement #MeToo, trois mois après l’abrogation du droit à l’avortement aux États-Unis et alors que les femmes en Iran se révoltent, autorisons-nous un pas de côté, un autre regard pour susciter la réflexion.
Le patriarcat, ordre social se fondant sur la détention de pouvoir et de privilèges par les hommes, n’est pas une fatalité mais une réalité socialement construite, si puissante qu’elle constitue un mode de pensée profondément ancré dans nos cultures. Ce qui légitime des rapports de genres inégalitaires face à la justice, au travail et dans le quotidien. Il s’agit du mécanisme social fondamental qui contraint les femmes à une position de subordination par rapport aux hommes. Capitalisme et patriarcat sont indissociables : le premier met en place des rapports sociaux facilitant l’exploitation des femmes, le second en fournit les justifications.
Les mouvements féministes des années 70 ont permis aux femmes d’acquérir des droits fondamentaux et de disposer librement de leurs corps : IVG, contraception, loi sur le viol ont été des avancées considérables. Aucune victimisation, mais une force, un élan, une fierté de clamer qu’elles sont des femmes en quête de justice sociale, prêtes à combattre les systèmes qui les écrasent.
Une simplification hasardeuse
Aujourd’hui, l’intervention féministe laisse place parfois à des dérives qu’il est nécessaire de pointer. Placer toutes formes de violences sur le même plan relève d’une vision réductrice. Les violences sexuelles et sexistes ne sont pas toutes d’un même ordre. Les partis politiques, y compris à gauche ne sont pas exempts de cette simplification qui s’apparente à de la caricature.
Sacraliser arbitrairement la parole des femmes ne consiste en aucun cas à la « libérer ». Cette approche entretient une victimisation des femmes qui finalement les fragilise. La présomption d’innocence est une notion fondamentale qui doit être respectée. La colère, le ressentiment et une étrange arrogance dans l’analyse simpliste vont-ils se substituer à un État de Droit ? Alors, identifions le ressentiment, et résistons à la tentation d’en faire le moteur des histoires individuelles et collectives.
Il s’agit de mettre fin à l’intériorisation de la subordination des femmes servant les logiques patriarcales. C’est l’affaire des hommes et des femmes, ensemble ! Sortir des codes normés pour faire nos propres choix dans une société égalitaire, passe nécessairement par une redéfinition de la féminité, de la masculinité, et du consentement à la relation. Encore 50 ans de luttes ?
Evelyne Bordet