Narcis Falguera. Une longue marche jamais interrompue

Narcis Falguera. Une longue marche jamais interrompue

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Narcis Falguera :  » Que vive à jamais le souvenir des combattants de la Liberté ! « 

Officier de l’Armée républicaine espagnole. militant communiste et syndical, interné en France lors de la Retirada,Narcis Falguera devint résistant dans les rangs de l’AGE (Agrupación de guerrilleros españoles) et de la UNE (Unión nacional española). Mineur et sidérurgiste dans la France d’après-guerre, il mena ensuite à Prades une retraite active au service de la mémoire des combats et des idéaux de ses compagnons de guerre et de résistance.

Narcis Falguera est né en 1920 à Barcelone. Après ses études primaires, grâce à l’aide de son grand’père, il fit des études de commerce et de comptabilité. Il adhéra alors aux Jeunesses socialistes unifiées (JSU) et s’engagea très vite, à 17 ans, dans l’armée républicaine espagnole. Il suivit une formation à l’école des commissaires politiques puis entra à l’école militaire de Gavà. Ayant obtenu divers grades et fonctions, il combattit surtout sur le front d’Aragon, au nord de Huesca. Le 13 février 1939 un groupe de militaires dont il faisait partie fut accueilli en France par les tirailleurs sénégalais. Narcis Falguera, jeune lieutenant de 19 ans, sortit des rangs et interpella les officiers français. « C’est là, dit-il, que je suis devenu interprète. J’ai fait la présentation des officiers espagnols aux officiers français, en faisant remarquer que d’officiers à officiers on avait des égards. ». De là, il n’échappa pas aux camps : le Barcarès, Septfonds, la poudrerie de Mauzac (Dordogne), enfin Argelès-sur-Mer dont il sortit avec un Groupement de travailleurs étrangers pour construire des routes forestières dans l’Hérault. C’est alors qu’il rencontra Clotilde, son épouse, avec laquelle il eut deux filles. Ils vécurent ensemble, militant la main dans la main,  jusqu’à la mort de Clotilde, un peu avant celle de Narcis.

Après la guerre, la Résistance

Au sein du Groupement de travailleurs étrangers, il participa à la constitution d’une organisation espagnole, rattachée à la Unión Nacional Española (UNE), qui entra en relation avec les premiers noyaux de résistance du secteur. Le bras armé de la UNE pour l’Hérault se constitua en 11e Brigade de guerilleros espagnols. Début juin 1944, l’Agrupación de Guerilleros españoles (AGE), composante des FFI, comptait 9 divisions.

Après la libération du sud-ouest, Narcisse poursuivit l’action avec la 11e Brigade de guérilleros qui se rassemblait à Quillan (Aude) en vue de combattre pour libérer l’Espagne. Au cours des combats connus, et notamment l’« Opération de Val d’Aran » (octobre 1944), qui échoua parce que non soutenue et non souhaitée par les Alliés, il devint chef d’état-major de sa brigade. Intégré ensuite dans l’armée De Lattre de Tassigny il fut démobilisé en mars 1945. Devenu civil, il travailla dans les mines de charbon de Graissessac (Hérault) et en Lorraine dans la sidérurgie, continuant toujours à mener des activités politiques (PCE, PCF) et syndicales (CGT). A sa retraite il s’installa à Prades avec Clotilde sans cesser de participer aux activités de ses compagnons de combat et de résistance.

Toujours dévoué aux nobles causes

En 1984, Narcis Falguera fut élu au comité national de l’Amicale des anciens guérilleros espagnols en France-FFI (AAGEF-FFI). En 1989, il en devint vice-président national, puis président entre 1995 et 2015. Il était membre du conseil national de l’ANACR. Titulaire de la Croix du combattant volontaire 1939-1945 avec barrette, de la Croix de combattant volontaire de la Résistance, de la Croix du combattant,  nommé Chevalier de la Légion d’honneur en 2013.

Grand et solide, capable d’avoir résisté à bien des vicissitudes, Narcis était un homme d’une grande dignité, d’une remarquable douceur et d’une très grande force de concentration. Une attitude qui ne l’a jamais quitté jusqu’à ses derniers moments.

En 2009, au moment du 70e anniversaire de la Retirada, Narcis Falguera avait été interviewé par le Travailleur Catalan. Nous lui laissons la parole.

« La proclamation de la République, le 14 avril 1931 en Espagne, donnait au peuple espagnol l’espoir que l’ère de liberté et de démocratie dont il avait rêvé était possible. C’est pour défendre cette légalité que le peuple espagnol se leva contre les généraux rebelles en 1936. Au cours de l’année 1939, alors que la République Espagnole était écrasée par les troupes de Franco grâce à l’aide de l’Allemagne et de l’Italie, des centaines de milliers de républicains espagnols, civils et militaires mêlés, affluent en France et sont pour beaucoup d’entre eux parqués dans des camps dits de concentration. Avec un petit groupe de 180 hommes, nous fûmes affectés à la construction du Camp de concentration du Barcarès (P.-O.) qui, au rythme de l’édification des baraquements, se remplissait de réfugiés venant des autres camps de la région. L’effectif, à la fin des travaux, devrait être de 65 000 hommes environ. Malgré ces difficiles conditions de vie, les réfugiés, dont l’espoir de retourner en Espagne pour combattre sur le front du centre fut déçu, s’organisèrent en se regroupant par affinités et s’activèrent à donner un sens à leur vie concentrationnaire. A la déclaration de la guerre en septembre 1939, un certain nombre de républicains espagnols, ayant analysé la situation, considérèrent cette guerre comme la leur. Une partie des internés des camps groupés en CTE (compagnies de travailleurs étrangers) seront employés dans les fortifications de la frontière du nord-est. Lors de l’invasion de l’été 1940, des milliers d’entre eux seront faits prisonniers et envoyés au camp d’extermination de Mauthausen et ceci à partir du mois d’août 1940 !

L’effondrement militaire et politique de 1940 transforme totalement la vie de la nation française. La population est démoralisée et stupéfaite par la défaite. Malgré cela, une élite de patriotes commence à résister. Dans la France de 1940 – 1941, malgré le malheur qui les frappe, les immigrés trouvent au travers du combat résistant, une forme d’intégration. Ils savent, par expérience, ce qui est programmé pour eux : l’exclusion, la mise en esclavage, la mort. La reconnaissance envers le pays qui les avait accueillis, l’attachement aux valeurs de la France des Droits de l’Homme, fait que la lutte qu’entament les français, dans leur diversité, contre l’occupant nazi et Vichy, est bien la leur et prolonge le combat entamé, avant guerre, dans leur pays. La première manifestation des espagnols dans la Résistance active, est sans doute l’organisation, en coopération avec les services secrets alliés, des réseaux de passage clandestin des Pyrénées. A partir des camps et des lieux de travail qui leur sont imposés se constitue la base des organisations clandestines pour continuer le combat contre Franco et par là, en s’intégrant à la Résistance française, se lancer massivement dans la lutte armée, particulièrement dans le sud-ouest. Leurs unités de combat, sous commandement unifié espagnol, sont organisées sur le modèle qui avait été employé en Espagne : le XIVème Corps de Guerilleros, spécialisés dans les combats de maquis est le bras armé de L’UNE  -Union Nationale Espagnole-.

A la libération, est lancée l’opération « Reconquista de España ». Plusieurs unités de guérilleros espagnols franchissent les Pyrénées dans le but de provoquer un soulèvement, en Espagne, qui devait provoquer la chute du régime de Franco. On sait que cette opération fut un échec. Les républicains espagnols ne réussirent pas à entraîner les alliés à les aider à rétablir la République Espagnole ».

En 2009, Narcisse Falguera suivait attentivement les décisions prises en Espagne, qu’il jugeait encore bien insuffisantes pour tenter de rétablir les républicains espagnols dans leurs droits. Les dispositions de la Loi de mémoire adoptée en 2007 faisaient alors l’objet d’analyses et de débats approfondis afin d’explorer leurs insuffisances et la manière de les utiliser sans céder aux pressions. Cette attention à ce qui se passait en Espagne s’est poursuivie jusqu’à sa mort, survenue début 2019, l’année de ses 99 ans. Lors de la journée d’hommage à la République espagnole qui eut lieu à Ille-sur-Têt en 2011, Narcis Falguera avait conclu son allocution par ces termes : Que vive à jamais le souvenir des combattants de la Liberté ! Nous lui dédions ce salut.

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