
Marcelle Farines-Sentis, un engagement précoce autant que durable

Marcelle Sentis à la fête de l’Humanité en 1945.
Militantes. Engagée très jeune au temps de la guerre d’Espagne, Marcelle Farines, devenue l’épouse de Francis Sentis, n’a jamais cessé de militer pour son propre compte tout comme en famille.
Marcelle Farines est née à Hanoï en 1920. Son père, engagé après son service militaire dans l’Infanterie coloniale passa la durée de la Première Guerre Mondiale en Chine dans la région de Canton. Il fut ensuite affecté spécial à la Compagnie Française des Chemins de fer de l’Indochine et du Yunan. En 1921 il revint en France où il épousa Pauline Villanove avec laquelle il eut deux filles, Marcelle et Odette. Malade il revint en France en 1931 et s’installa à Perpignan. Nous prenons connaissance des deux filles dans le récit de Cécile Baurès lorsqu’elle évoque son action au début de la guerre d’Espagne quand elle aide les volontaires à passer en Espagne pour intégrer les Brigades internationales : « Ma sœur et moi nous avons apporté les paquets aux autobus départementaux, on a été reconnues par une femme qui a donné notre adresse et nous avons eu la visite des gendarmes. Les sœurs Farines étaient à la maison, elles venaient nous indiquer les jours de vendanges, ce sont elles qui ont prévenu mon frère qui était à la permanence du P.C… Marcelle Farines est l’épouse de Francis Sentis. ».
Une très jeune militante
Le récit publié par Georges Sentis, fils de Francis et de Marcelle, fait aussi remonter à cette époque les débuts de la vie militante de sa mère : « Elève à l’Ecole Primaire Supérieure, Marcelle milita dès 1937 ( ?) à l’Union des Jeunes filles de France (UJFF) et fut particulièrement active dans l’aide à l’Espagne républicaine. A la Libération, Marcelle fut responsable du foyer perpignanais de l’Union des jeunes filles patriotes puis de l’Union de la Jeunesse républicaine de France (UJRF). A la fin d’août 1946, une importante délégation de jeunes catalans se rendit à Paris pour participer au 1er Congrès national de l’UJRF et à la fête de l’Humanité. Marcelle écrit alors à ses parents : « Souvenirs magnifiques du premier jour de Congrès. Le défilé a été grandiose malgré une pluie battante à certains instants. Nous sommes fiers et heureux de la réussite de nos efforts. » Le défilé se terminait par une grande fête entre la Tour Eiffel et le Trocadéro. De retour à Perpignan elle raconte encore : « Il y avait le fameux Comité fédéral. Nous avons travaillé dur, tous les jeunes étaient animés de bonne volonté. Ils avaient tous des idées lumineuses. Il ne nous reste plus qu’à attendre les réalisations. » Elle relate aussi la manière dont se constitue et évolue l’organisation. Des modifications ont été apportées au Comité Fédéral. Thubert, de Bages, Jerez de Font-Romeu et Hernandez ont été élus au Comité Fédéral. Gispert a été élu secrétaire fédéral, Hernandez secrétaire à l’organisation et Vidal responsable à la propagande. Marcelle raconte encore « La journée s’est terminée par une réunion intime à laquelle assistaient les délégués au Congrès de l’UJRF et les CDH qui étaient à la fête de l’Humanité. Léo Figuères et André Tourné s ‘étaient joints à nous. Un vin d’honneur nous a été offert puis Gispert a fait un compte-rendu de notre équipée à Paris. Léo était radieux de voir un tel enthousiasme… »
Aux côtés de Francis, communiste et syndicaliste
Le 8 mars 1947 Marcelle se marie avec Francis Sentis ; ses parents les accueillent alors chez eux dans le quartier de la route de Cabestany. Marcelle et Francis auront trois enfants : Georges, Henri et Brigitte.
Mariée à Francis, Marcelle continua à militer. Elle fut pendant plus de trente ans trésorière du syndicat CGT des impôts, vivant en 1947 la situation difficile créée par la scission de F.O.
Avant guerre Marcelle avait milité avec Rose Blanc, dite Rosette, disparue à Auschwitz. Elle fut avec Francis parmi les animateurs du Comité qui œuvra à l’édification d’un monument dédié à Rosette. Elle participa comme lui à l’activité de nombreuses associations et mena à ses côtés la vie militante active d’une femme communiste consciente et déterminée, le soutenant aussi contre les vicissitudes que lui occasionnait la terrible surdité consécutive à l’accident de train subi lorsqu’il était militaire. Lorsque j’ai connu Marcelle à la fin de leur vie, alors que la maladie lui interdisait de fréquentes et longues sorties, j’ai pu constater la force de sa présence aux côtés de Francis, son intérêt de tous les instants et le partage qu’elle faisait avec lui de tous les événements politiques qui faisaient leur quotidien. Avec de temps en temps les souvenirs récurrents de cette grande fête à Paris qui l’avait tant marquée et de la période exaltante de la Libération.
Yvette Lucas, à partir des souvenirs évoqués par Georges Sentis dans « Francis Sentis, une vie au service du « bien commun » et de ses rencontres personnelles avec Marcelle.