
L’hommage aux « indésirables » de Vichy

Port-Vendres. La mémoire des déportés en Algérie, chassés de France en 1941 et 1942, a été honorée le 25 septembre.
Dimanche 26 septembre, sous un soleil de plomb, une centaine de personnes se sont rassemblées à Port-Vendres pour honorer la mémoire des 1634 déportés – dont 1105 étrangers parmi lesquels la moitié étaient
espagnols – qui ont été chassés de France vers les prisons et camps d’Algérie entre mars 1941 et juillet 1942. Sous la houlette de l’ANACR et de différentes associations dont les Filles et Fils de Républicains Espagnols et Enfants de l’Exode (F.R.E.E.E), l’ACER (Amicale des Volontaires en Espagne Républicaine) et l’Amicale des Anciens Guérilleros Espagnols (AAGEF-FFI), avec le soutien du PCF, de la CGT et de nombreuses personnalités dont Jean Alvarez, jeune président de l’IHS CGT et Patrick Cazes, élu communiste au conseil régional, des gerbes ont été déposées et une minute de silence a été tenue en souvenir des cinquante exilés morts pour la République espagnole et la France libre. Plusieurs discours ont été prononcés dont celui du maire de la ville, Gregory Marty, qui a accueilli les délégations.
80 ans de mémoire vivante
Georges Sentis, président de l’ANACR et inlassable historien de terrain, a dressé le tableau de cette époque particulièrement douloureuse pour les démocrates européens et particulièrement les communistes. Grégory Tuban, journaliste et docteur en histoire, a précisé les grandes lignes de la répression qui s’abattait contre les « indésirables » dès 1938. Le régime de Vichy n’a pas eu à se fatiguer pour organiser la répression parce que toutes les mesures avaient déjà été prises après la chute du Front Populaire. Il cita dans son discours trois militants internationalistes, Kurt Granzow, communiste allemand, Antonio Ortiz-Ramirez, figure historique du mouvement anarcho-syndicaliste espagnol et « l’indésirable anti-français » espagnol Aub Morhenwitz Max dont il cita le témoignage : « Nous partîmes de Port-Vendres à la tombée de la nuit, sortis du port on nous retira les menottes. Un médecin français, déporté, demanda qu’on nous autorisa à monter sur le pont par groupe de cinq, par groupe de dix. Il ne lui fut même pas répondu… »
Ceux qui, la veille, avaient assisté au débat de VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales) à la fête de la CGT d’Alénya ont pu faire le lien entre les dangers d’aujourd’hui et ceux d’hier. La bête immonde est toujours là. Il faut tout faire pour qu’elle ne recommence pas à tordre le coup aux valeurs républicaines et démocratiques.