
L’espoir

Covid-19. Un vaccin est imminent, serons-nous pour autant tirés d’affaire ? Denis Delay, médecin, observe avec circonspection les avancées de la recherche.
Les laboratoires américain (Pfizer) et allemand (BioNTech) ont rendu public les résultats de leurs recherches et sont prêts à commercialiser un vaccin. L’annonce a fait naître un immense espoir mais aussi des question : quelles seront les réactions immunitaires, les effets indésirables ? Combien de temps va durer la protection ?
La découverte d’un vaccin a été rapide, mais il existe beaucoup d’incertitudes. Quel est votre sentiment ?
Il faut saluer le génie humain ! C’est une maladie nouvelle, identifiée en moins d’un mois, et plusieurs vaccins sont proposés en à peine un an ! Ils sont encore à l’étude et font appel à des techniques de fabrication différentes. Les méthodes du virus inactivé peuvent être proposées très vite sans crainte d’effets inconnus. Elles s’appliquent déjà dans certains pays (Chine, Brésil) mais il est à craindre que ce procédé immunise mal ou à court terme. D’autres sont innovantes. Elles soulèvent beaucoup d’interrogations et imposent des études préliminaires mais elles ont l’objectif d’être efficaces.
Serons-nous débarrassés de la Covid-19 ?
Dans l’immédiat, il faut espérer que le vaccin réduira fortement la propagation du virus et le nombre de cas graves, ce qui nous permettra de reprendre le cours de la vie normale. Il serait prétentieux de penser à une immunité définitive aujourd’hui. Faire disparaître totalement la maladie demandera plus de temps. Les chercheurs ont un défi à relever, il faut leur accorder notre confiance.
La technologie ARNm (acide ribonucléique messager), base du vaccin, est-elle dangereuse ?
L’ARNm ne peut pas modifier le génome humain. Ce vaccin est très prometteur. Il peut donner une immunité forte et de longue durée qui nous débarrasserait de la maladie. Mais il y a encore beaucoup d’inconnues pour vérifier l’efficacité et l’absence d’effets indésirables. Il faut du temps pour savoir s’il tiendra ses promesses. Les dirigeants empressés de le vendre le rendent suspect. Les spéculateurs qui se précipitent en bourse inquiètent.
L’Agence européenne des médicaments examine les données du vaccin de Pfizer et BioNTech et l’Union Européenne envisage un vaccin disponible début 2021. Avant les autorisations officielles, l’annonce de l’efficacité du vaccin a provoqué un bond des Bourses européennes (Paris 5,46%, Francfort 5,56%, Londres 5,05% et Milan 5,48%).