Les Français au bout du rouleau ?

Les Français au bout du rouleau ?

© Enrique Campaner Calero.
Rassemblement  du 16 novembre des professionnels indépendants, restaurateurs, commerçants, artisans et artistes à Perpignan place de la République
pour dénoncer la mort de leur activité.  

Sondages. Les conséquences du confinement à répétition ont été passées à la moulinette par l’institut de sondage IFOP. Résultat : une situation inédite qui reflète, sur un fond de crise sanitaire et sociale, une crise morale profonde. 

L’IFOP, dirigé par la fortunée famille Dantressangle, est une véritable institution. Tous les moyens sont donnés aux professionnels de la statistique d’y exercer leur métier. Chacun peut en tirer des enseignements qui peuvent faire débat en fonction des intérêts défendus.

Démultiplication des pressions

Le reconfinement a été marqué par une lassitude collective face aux contraintes. Elle s’est exprimée de différentes manières, qu’elles soient brutales ou silencieuses. Pour exemple, 60% des citoyens ont transgressé les règles de circulation en octobre et un tiers des personnes seules ayant un partenaire sexuel (soit 14% de la population) ont déjà transgressé le confinement pour voir leur moitié et la tendance est en hausse. 

Question moral, 28% des Français l’ont en berne contre 16% l’année précédente, reflétant une usure psychologique générale. Anxiété, insomnies, dépressions, tout l’arsenal du mal vivre a envahi les têtes dans un contexte où la communication gouvernante associée à l’accumulation des peurs (pénurie sanitaire, terrorisme, chômage, dérèglement climatique, tensions géopolitiques, etc.) n’a pas arrangé les choses et, comme souvent, ce sont les femmes qui sont les plus exposées à l’effet domino des calamités. 

François Kraus, directeur du pôle politique et actualité à l’IFOP le confirme : « La raréfaction des relations sociales pose un véritable problème de santé publique, en particulier pour les Français (4 sur 10) qui vont affronter ce second confinement seuls ». Il omet toutes celles et ceux qui vivent au-dessous du seuil de pauvreté, mais cela tombe sous le sens.

Dans ce contexte, une enquête sur le télétravail a été réalisée, comme les autres, pour le compte de Consolab, laboratoire spécialisé en guides d’achat, au cœur du marketing consumériste. 

Le télétravail, opportunité ou roue de secours ?

– 53% des Français ont été obligés ou pensent qu’on les obligera ponctuellement à se déplacer à leur travail sans raison majeure;

– 81% des salariés concernés ont fait ou ont l’intention de prévenir les syndicats (28%), l’inspection du travail (21%), les réseaux sociaux (18%) ou les médias (16%) quand leur entreprise ne leur donne pas la possibilité de télétravailler, même si cela ne se reflète pas au niveau des actes, la peur des sanctions étant comme avant la raison principale ;

– 51% des salariés sont obligés de travailler tous les jours ou partiellement en télétravail ;

– 58% souhaitent un mixte entre télétravail et présentiel. Cela ne doit pas faire oublier qu’au moins la moitié des citoyens n’est pas du tout concernée par cette statistique.

Les indicateurs de cette enquête révèlent le bon sens d’une majorité de salariés essayant de trouver les moyens de faire face à une situation critique lourde. Ils sont majoritairement favorables à un mixage intelligent du télétravail et du présentiel dans leur vie future, ce qui donne du grain à moudre aux syndicats et associations qui travaillent sur le sujet. 

Même si les signes de détresse sont particulièrement forts en regard des enquêtes de l’IFOP, il s’y glisse toujours un angle de vue reflétant l’esprit de résistance.

Yvon Huet

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