Le salaire à vie : un projet révolutionnaire (1)

Le salaire à vie : un projet révolutionnaire (1)

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Tout individu doit être considéré comme un producteur potentiel de valeur économique 

Social. Depuis plusieurs années l’économiste communiste Bernard Friot et l’association Réseau Salariat travaillent à l’élaboration d’un projet qui vise à remettre en cause l’emprise capitaliste sur le travail et à libérer les individus du marché de l’emploi tout en garantissant à chacune et à chacun le droit à une vie digne.

Précisons d’emblée que ce projet n’a rien à voir avec le revenu universel avec lequel il pourrait être confondu. Loin de s’inscrire dans la perspective d’une croissance inéluctable de la pauvreté et de n’être qu’un complément du salaire qui ne libérerait en rien de l’exploitation du travail, le salaire à vie permettrait au contraire une véritable émancipation du travail.

Partir d’un « déjà là » émancipateur

Ce projet n’a rien d’utopique. Il s’appuie sur les avancées réalisées sous l’impulsion de ministres communistes à la Libération. Le régime général de la sécurité sociale instauré il y a 75 ans par Ambroize Croizat a permis, en mutualisant une partie du salaire, de faire en sorte que celui-ci échappe à l’emploi et à l’employeur. C’est ainsi qu’une partie de celle-ci, indexée sur le salaire moyen de la métallurgie, était versée aux parents pour l’éducation de leurs enfants. Les retraités percevaient, quant à eux, un remplacement de leur salaire de référence. Cette masse salariale mutualisée a aussi permis de subventionner d’énormes investissements hospitaliers et d’assurer le revenu des soignants, fonctionnaires ou libéraux conventionnés. Il est possible aujourd’hui de donner un prolongement à ces avancées anti-capitalistes. En élargissant la cotisation, prélevée directement sur la plus-value produite, on pourrait verser à chacune et à chacun, en lieu et place de l’employeur et indépendamment de l’activité effectuée, un salaire selon une modalité s’inspirant de cette autre conquête de la Libération que constitue le statut de la Fonction publique.

Créer un statut du citoyen producteur 

Il s’agit là encore de généraliser un principe déjà existant qui consiste à reconnaître une qualification professionnelle attachée non pas au poste de travail mais à la personne elle-même, comme est le grade pour le fonctionnaire. Tout individu doit être considéré comme un producteur potentiel de valeur économique auquel revient un salaire correspondant à sa qualification. Dès l’âge de 18 ans, chacun, chacune percevrait un salaire de base fixé au niveau d’un SMIC revalorisé à 17 00 euros. Un terme serait mis au mal-vivre des jeunes qui ne seraient plus considérés comme des victimes qu’il faut aider, et réponse serait apportée, par exemple, à la revendication d’un « revenu étudiant » pour lequel se bat l’Union des étudiants communistes. Ce salaire progresserait ensuite tout au long de la vie, en fonction des qualifications obtenues, dans une fourchette limitée qu’il s’agirait de définir, et serait acquis jusqu’à la mort. C’est un droit politique nouveau qui serait ainsi créé, élargissant la citoyenneté au domaine de l’économie. Dans un prochain article nous reviendrons sur le caractère global de ce projet qui donne à voir ce que pourrait être une société post-capitaliste. 

Jean Malik Lemaire

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