Le pouvoir et la raison

Le pouvoir et la raison

(c) DR. Galilée incarné par un Philippe Torreton impressionnnant.

Archipel. Torreton dans « La vie de Galilée », en ouverture de saison. Grandiose !

Dans le contexte anxiogène que nous vivons c’était un vrai bonheur, la semaine passée, de retrouver le chemin de l’Archipel, de se lover dans ses fauteuils rouges et, the last but not the least, d’assister à un spectacle haut de gamme, La vie de Galilée de Bertolt Brecht, mis en scène par Claudia Stavisky, Philippe Torreton dans le rôle titre.

Galilée, mathématicien et physicien, développe les thèses de Copernic sur la rotation de la terre autour du soleil, inadmissible pour l’Église qui refuse que l’homme ne soit plus au centre de la création, thèse qui a valu le bûcher à Giordano Bruno. La pièce s’attache à retracer chronologiquement les étapes du combat de Galilée pour faire connaître la vérité scientifique, c’est la lutte entre la raison et l’obscurantisme, entre l’homme de science et l’Inquisition. Incarné par un Philippe Torreton impressionnant, dominant une distribution impeccable, Galilée, ici, n’est pas un héros mais un homme terriblement humain, plein de paradoxes, n’hésitant pas à sacrifier sa famille, abjurant par peur de la torture, feignant de se soumettre mais poursuivant sa tâche clandestinement. La mise en scène de cette tragédie de l’individu face à l’arbitraire du pouvoir, met explicitement en exergue des allusions à la montée du nazisme. La pièce a été écrite en 1938-1939, c’est Brecht et ses propres tourments que l’on entend au travers des déboires et de la vulnérabilité de Galilée.

La scène est résolument sombre, meublée a minima, soulignant le côté ascétique du savant seul face aux étoiles ou à ses livres, manquant d’écus pour payer le laitier. La pauvreté de son intérieur et de sa mise créant un contraste permanent avec les salons et antichambres où il doit aller plaider sa cause. Le public suit son parcours à l’aide d’indications de temps et de lieu projetées sur l’écran qui lui fait face, un dispositif qui ménage une sorte de suspens. Passant de l’excitation de la découverte, de la dérision face aux aléas, à l’accablement quand les menaces se précisent, Galilée-Torreton tout à la fois fascine, irrite, émeut… Il donne toute sa puissance symbolique à un questionnement qui ne peut que fortement parler à celles et ceux pour qui démocratie et liberté d’expression ont un sens.

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