Le phénomène Preljocaj

Le phénomène Preljocaj

Chorégraphie d’Angelin Preljocaj créée en 2021.
© Photos  Jc Carbonne

Jeudi et vendredi dernier, l’Archipel accueillait Deleuze-Hendrix, chorégraphie d’Angelin Preljocaj créée en 2021. Le Grenat était complet, comme toujours pour les œuvres du chorégraphe, devenu l’enfant chéri de la danse contemporaine. Pourtant, il ne fait pas vraiment dans la facilité, particulièrement avec cette pièce pour huit danseurs qui se joue tantôt sur l’enregistrement du cours donné par Gilles Deleuze à Vincennes en 1980 sur L’Ethique de Spinoza, tantôt sur la guitare et la voix de Jimi Hendrix. Un mélange totalement inattendu, voire improbable, qui peut dérouter mais, et c’est le miracle Preljocaj, qui fonctionne. « Merci de fermer la porte » attaque Deleuze, de sa voix rugueuse teintée d’humour à froid, avant de dérouler les concepts du philosophe hollandais, l’air de pas y toucher. Eh bien ! On peut danser sur cela, dérouler un langage chorégraphique puissant, d’une incroyable sensualité, les corps se mélangeant et se repoussant, constituant de sublimes sculptures mouvantes, rampantes… les justaucorps couleur chair des danseurs, proches de la nudité, contribuant amplement à cette fête des corps. Quand explosent les riffs de guitare, la cadence s’accélère, pour s’apaiser à nouveau quand Deleuze revient. Ce balancement forme la substance du ballet au long duquel, curieusement, se laissent percevoir des correspondances entre le discours abstrait, ces réflexions sur les rapports entre le corps et l’esprit, les rythmes pop et les figures que dessinent des danseurs en état de grâce, insensibles à la fatigue, dans le plaisir total de la danse.

Une ovation concluait ce spectacle à nul autre pareil, et, à la sortie, les discussions se poursuivaient sans fin.

N.G.

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