Le passage en force gouvernemental

Le passage en force gouvernemental

Réforme des retraites. Le coup de force d’Edouard Philippe a relancé la contestation sociale et la lutte des parlementaires. La suite aura donc lieu au Sénat et dans la rue…

Des mois de mobilisation de multiples professions, plus de la moitié des Français pour le retrait de la réforme, deux sur trois favorables à un référendum, un Conseil d’État qui étrille un texte « lacunaire » … Pour détruire les retraites solidaires par répartition qui constituent un élément essentiel du pacte social français, une part constitutive de la République, Emmanuel Macron, son gouvernement et sa majorité ont choisi de passer en force à coups de 49.3.

La forme qu’a prise l’annonce de cette décision montre la friponnerie du pouvoir: l’exécutif fait mine de se focaliser sur la santé des Français et rien n’est dit sur la décision de faire passer sans vote sa réforme; Édouard Philippe file en catimini à l’Assemblée nationale, ne mettant que très peu de personnes dans la confidence; il sort l’arme ultime en tentant de rejeter la faute sur l’opposition qui combat le texte pied à pied.

La République en Marche refuse le débat

Pourtant ce sont bien le gouvernement et sa majorité qui ont tout fait pour que jamais ne soit abordé le fond de cette contre-réforme. Ils ont été incapables de répondre aux questions que posent les citoyens, relayées par les oppositions parlementaires : valeur du point, égalité femmes-hommes, reconnaissance de la pénibilité, date de départ en retraite, invention d’une retraite basée non plus sur les salaires mais sur un prétendu « revenu moyen » inexistant. En fait, l’exécutif a tout fait pour masquer la réalité de son projet, à savoir une baisse des pensions et un report de l’âge de départ.

« Le débat de fond avait lieu grâce à nos amendements, c’est pour cela qu’ils l’ont interrompu si tôt », pointe aussi l’insoumis Adrien Quatennens.

Car le 49.3 a été dégainé « au moment où le Parlement abordait les articles les plus importants du texte, relatifs à l’âge d’équilibre et à la valeur du point, sur lesquels ni le gouvernement ni la majorité ne souhaitaient engager la discussion », accusent les députés PCF. Avant même d’utiliser le 49.3, il avait déjà composé son texte de 29ordonnances sur 65articles, tentant de contraindre dès le départ les députés à un rôle de spectateurs.

Personne ne rend les armes

Loin d’être un signe de force, l’utilisation de l’article 49.3 vient prolonger un fiasco gouvernemental à nul autre pareil. Le bâillon vient compléter la fermeture de la commission spéciale de l’Assemblée, une étude d’impact plus que douteuse et un dispositif qui demandait aux députés de se prononcer en ignorant les résultats de la conférence de financement. Mais, si les motions de censure présentées par les députés de gauche (PCF, PS, LFI) d’une part et Les Républicains d’autre part n’avaient aucune chance d’aboutir, la bataille parlementaire n’est pas finie pour autant. La réforme devrait arriver au Sénat fin avril ou début mai. Et le gouvernement ne pourra utiliser le 49.3 pour le projet de loi organique complémentaire du premier texte.

Le passage en force a révolté l’ensemble des syndicats à tel point qu’il a recréé de l’unanimité entre des organisations jusqu’alors divisées entre ceux pour le retrait de la réforme (CGT, FO, FSU, Solidaire, Unef et CFE-CGC) et les favorables au système par points (CFDT, Unsa, CFTC). Dès lundi des manifestations ont eu lieu dans la plupart des villes. Avocats, enseignants, pompiers, professions libérales, salariés du privé… personne ne semble disposé à rendre les armes. Dans le monde de la culture, la réponse a été immédiate, avec la grève, déclarée dès samedi, à l’Opéra national de Paris et à la Comédie-Française. La bataille est donc loin d’être terminée…

TAGS