
Le monde paysan montagnard dans le viseur

Matemale. Pour sa troisième édition, L’œil sur la montagne expose jusqu’au 23 octobre les images emphatiques de Marie Dorigny et Patrick Bard.
Initiée par l’ami Georges Bartoli, la manifestation L’œil sur la montagne, en juste trois éditions est désormais bien implantée à Matemale, sympathique village du Capcir. L’idée est d’inviter deux photographes, une femme et un homme, dont les photos seront accrochées en plusieurs endroits du village. Elles doivent obligatoirement porter sur le monde paysan montagnard. Visiter l’exposition est une balade qui vaut le détour, les photographes invités étant toujours de grands noms du photo-journalisme. Les photos exposées au fil des éditions développent un discours engagé sur le monde montagnard, sur les gens qui y vivent.
Marie Dorigny, Main basse sur la terre

Marie Dorigny, venue plusieurs fois dans le cadre de Visa pour l’image, multiplie prix et distinctions, elle documente des sujets comme l’esclavage aujourd’hui, les violences faites aux femmes, le travail des enfants…
À Matemale elle propose l’exposition Main basse sur la terre. Elle porte sur l’accaparement des terres arables dans les pays émergents. Le sujet : « C’est une partie de Monopoly d’un nouveau genre, qui se joue à l’échelle du globe, à grands frais et à bas bruit : l’accaparement des terres arables par des investisseurs internationaux. Depuis l’an 2000, plus de 200 millions d’hectares de terres arables dans le monde ont fait l’objet de transactions au profit de gouvernements, de consortiums ou de fonds d’investissement étrangers et ce principalement dans les pays en voie de développement.

Banques et fonds de pension se sont engouffrés dans la brèche… transformant les terres arables en placements financiers d’un nouveau genre.
On assiste ainsi au démantèlement de toute une agriculture familiale et autosuffisante. à l’échelle de la planète, cette course effrénée aux terres arables se teinte d’une ironie tragique, car elle entretient l’insécurité alimentaire globale. »
Patrick Bard, Accrochés à la montagne
Spécialiste de l’Amérique Latine, Patrick Bard collabore à plusieurs journaux nationaux, auteur de nombre d’expositions en France et à l’étranger, il s’intéresse aussi aux banlieues, aux camps français…

A Matemale il expose Accrochés à la montagne, il décrit ainsi ce travail : « Éleveurs nomades des steppes mongoles menacés par l’exploitation minière, le surpâturage et les bouleversements climatiques, indiens raramuris de la Sierra Madre mexicaine chassés de leurs montagnes par les cartels, femmes paysannes mayas du Guatemala victimes de viols et de massacres … partout leur mode de vie paysan montagnard est menacé. La question des terres, des richesses naturelles, est presque toujours la raison des persécutions dont ces familles, souvent autochtones, sont victimes.
Ces paysans, pourtant, refusent de n’exister qu’en tant que victimes. Ils résistent… luttent pour rester accrochés à la montagne. »
Le voyage à Matemale s’impose, l’exposition est à voir jusqu’au 23 octobre.