
Le logement des jeunes
Deux sociologues ont réalisé une enquête sur les modes de logement de jeunes entre 18 et 30 ans à Perpignan et Lyon.

Perpignan
Deux sociologues ont réalisé une enquête sur les modes de logement de jeunes entre 18 et 30 ans à Perpignan et Lyon.
Laurence Faure et Éliane Le Dantec sont sociologues, enseignantes à l’Université de Perpignan. En 2017/2018, l’Agence Nationale de la Recherche leur a confié une enquête sur le logement des jeunes et leur accès au statut d’adulte à Perpignan et Lyon. Les universitaires ont travaillé en entretiens soit chez les jeunes, soit à la Mission Locale des Jeunes. Nous évoquerons ici le volet perpignanais de l’enquête.
Il apparaît que les conditions de logement agissent comme révélateur de l’appartenance sociale des jeunes, des façons dont ils se la représentent. Elles ont également un fort impact sur l’accès au statut d’adulte.
Autre constat : la jeunesse a tendance a se prolonger.
Dans les P.-O., la proportion de jeunes vivant chez leurs parents est très importante, une stratégie pour contenir le risque de déclassement social et la précarité.
Les modes de logement
Les sociologues ont déterminé trois types de logement pour ces jeunes :
1 – La cohabitation de nécessité :
Elle concerne des familles populaires stables, en emploi ou chômage rémunéré, tous les parents sont locataires. Les critères de genre et ethniques des jeunes jouent un rôle important. Les jeunes femmes supportent mieux cette cohabitation qui est pour elles, souvent diplômées, un moyen positif d’attente d’emploi.
Dans ce type de cohabitation, avec des jeunes d’origine maghrébine, la différence entre hommes et femmes est très forte. Souvent en couple très jeunes, les garçons, peu ou pas diplômés, sont convaincus d’un avenir de précarité, le couple permettant mieux d’y faire face. La précarité de l’emploi aujourd’hui amène à reconfigurer en partie les rapports de genre au sein des classes populaires, les femmes plus stables, en emploi, les hommes à la maison. Les jeunes femmes maghrébines se révèlent plus indépendantes, battantes.
2 – La décohabitation protégée :
Elle consiste à vivre chez soi grâce à un proche qui fournit logis et nourriture. Dans les P.-O., l’accès est assez facile car le prix de l’immobilier à Perpignan est peu élevé. Les parents possèdent un deuxième logement, souvent au Moulin-à-Vent, et vivent en maison individuelle. Le logement peut être prêté par un proche, un oncle… Souvent les garçons de ce groupe sont moins actifs dans la recherche d’emploi, les filles sont diplômées ou poursuivent des études.
3 – La décohabitation non protégée :
Elle concerne des jeunes non aidés par leurs parents et pas toujours par l’État social, des jeunes femmes en charge d’autrui (enfant, frère, sœur), des jeunes menacés d’être à la rue.
Les familles sont en très grande précarité d’emploi et affective, s’y ajoute l’alcool, la violence, la prison. Très vite et très tôt, ces jeunes sont obligés de se battre. Les jeunes femmes avec enfants sont en situation plus favorable car bénéficiant d’aides de l’État, du RSA… Elles réussissent à protéger leur enfant, « elles ont une grande culture maternante. » Les jeunes hommes sont moins combatifs, ils ont « peur de mal tourner s’ils tombent dans la rue. »
L’enquête menée sur deux zones différentes montre bien le rôle important du territoire dans le logement. Dans les P.-O., le poids de la précarité est contrebalancé par le prix du logement.
Il reste que globalement le logement met en évidence les difficultés que rencontrent les jeunes pour accéder au statut d’adulte et que dans ce domaine les inégalités sont fortes. Dès 1980, Pierre Bourdieu disait « il n’y a pas la jeunesse mais des jeunesses. »
Nicole Gaspon