
Le dessous des cartes

Des soldats de la brigade blindée à Kaboul en 2012.
Afghanistan. La prise de Kaboul par les Talibans est la conclusion morbide d’une mauvaise plaisanterie historique. Réflexion sur un drame annoncé.
Le désengagement des USA, approuvé à la lettre par toutes les forces de l’OTAN dont la France, a provoqué la victoire rapide des Talibans qui ont, une nouvelle fois, suite à leur éviction en 2001 après 6 ans de terreur, repris le pouvoir dans ce pays qui a vécu des guerres d’occupation sans relâche depuis 42 ans.
De nombreux Français nés dans les années 1950 ont connu ce magnifique pays et ont pu y aller par le biais des agences de voyages, voire même sans encadrement et sans souci autre que la difficulté des routes de montagnes prisée par les amateurs de trekking.
Si on se réfère à la prise du pouvoir par un régime laïque à tendance communiste à Kaboul en 1978 décrétant avec enthousiasme l’interdiction de la religion et l’alphabétisation des campagnes, a contrario de la république afghane précédente s’appuyant sur une classe possédante pro-occidentale, ayant elle-même pris le pas sur le royaume précédent d’inspiration féodale en 1973, on peut imaginer que ce pays a vécu un processus assez classique d’évolution politique.
Mais cette vision trop simpliste de l’histoire qui, en fait, n’a influencé que l’agglomération de Kaboul (4,5 millions d’habitants), a masqué l’existence d’une complexité trouvant son origine dans les racines d’une histoire communautaire éclatée. Pour une population de 38 millions d’habitant, on a repéré des dizaines de communautés différentes, souvent rivales, regroupées autour de quatre principales, réparties dans un paysage difficilement accessible, à l’exception de Kaboul.
L’OTAN a provoqué l’irréparable
L’acharnement des forces de l’OTAN à enrayer par n’importe quel moyen l’influence communiste et laïque en Afrique comme en Orient, notamment dans les années 1970/80, a trouvé son point culminant dans ce pays. Les mouvement terroristes islamistes ont profité de cette aubaine pour servir cette cause avec Al-Qaïda, première organisation djihadistes qui a permis aux Talibans, branche islamiste fanatique essentiellement patchoune de prendre le dessus sur les autres et constituer une armée à peu de frais. Il aura fallu le crash de New-York en septembre 2011 pour que la stratégie américaine se réoriente sur la liquidation de l’Irak de Saddam Hussein et faire ainsi le lit du futur « État islamique ».
L’avenir de ce pays martyr n’est pas écrit. Les Talibans – qui n’ont aucune légitimité démocratique –, n’en déplaise à Michel Onfray et quelques autres dans leurs déclarations « apaisantes », continueront à semer la terreur dans le monde entier au nom d’une religion qu’ils auront fait dériver en secte barbare sanguinaire. Le temps est à la solidarité avec les réfugiés, femmes et hommes, qui fuient la répression, mais aussi avec les forces de résistance qui déjà s’expriment ici et là dans ce beau pays qui mérite, comme tous les autres, la paix, et le vivre ensemble et l’ouverture au monde.