
Le choix risqué du gouvernement britannique

Vaccination. L’efficacité à très court terme d’une stratégie vaccinale étroitement nationaliste.
Le gouvernement conservateur de Boris Johnson s’est bruyamment flatté d’un certain succès de sa stratégie en matière de vaccins, succès dont témoigne la réouverture des pubs et restaurants en terrasse ainsi que de nombreux commerces. Succès qui peut se mesurer à la baisse du nombre des hospitalisations. Succès d’autant plus remarqué que le pays avait été très durement touché par la première vague, et l’attentisme du gouvernement sévèrement critiqué.
Pourtant, la stratégie adoptée, consistant à vacciner strictement par tranches d’âge ressemble à celle qui a prévalu chez nous, et s’expose aux mêmes critiques : rien de spécifique pour les soignants (à l’exception des personnels des maisons de retraite), les enseignants, les employés du commerce. Mais le rythme est plus rapide. Pourquoi ?
Il faut faire la part du sens britannique de la discipline. Dans ce pays pénétré de valeurs morales et militaires, il est presque superflu d’employer comme Macron l’a fait une rhétorique guerrière. Il faut souligner aussi que le système de santé britannique délègue beaucoup plus que le nôtre des responsabilités au corps infirmier, très opérationnel sur le terrain. S’en être tenu à Astrazeneca exclusivement a permis une concentration et une simplification de la campagne vaccinale. Et dans une culture anglo-saxonne où l’on est habitué à raisonner en termes de rapports risques – bénéfices, pas question de se laisser intimider par les rares cas marginaux de complications.
Il n’empêche : le résultat a son revers : la Grande-Bretagne a réservé les vaccins à ses seuls résidents. Spectaculaire application du Brexit : notre pays d’abord. Un égoïsme national pleinement assumé.
Pourtant, et c’est là le paradoxe, à mesure que monte la courbe des personnes vaccinées, l’impatience gagne tout le pays. La campagne « Let’s vaccinate Britain » (vaccinons le Grande-Bretagne) est très suivie. Le constat de l’efficacité, acquise au prix de la préférence nationale, a en définitive accru l’ampleur et le niveau des exigences, à mesure que la pandémie révélait, là-bas aussi, le manque de moyens alloués à l’hôpital public. Et les salariés de la santé, de la distribution et de l’éducation disent de plus en plus fort qu’ils attendent désormais des pouvoirs publics autre chose que des applaudissements.
Jean-Michel Galano