La santé au travail

La santé au travail

© Engin Akyurt de Pixabay 
Le capital se désintéresse de l’activité gestuelle ou intellectuelle au profit d’une gestion par les résultats.

Idées. Le travail, ce n’est jamais « la santé » : pas une raison pour baisser les bras, bien au contraire…

Cette période, qui est pour beaucoup celle de la reprise du travail, est souvent vécue douloureusement. Le mal-être au travail, avec ses conséquences parfois dramatiques, est une réalité.  

Car la santé n’a pas une définition simple. Individuelle ou collective ? Il y a des gens qui s’épuisent au travail pour le bien-être de leur famille, voire de leur entreprise. Situation extrêmement fréquente, qui, pour peu qu’on y réfléchisse, nous dit l’essentiel : la santé, c’est toujours un choix de vie, avec ce que cela comporte de risques assumés ou non. Vivre, c’est en permanence arbitrer, bien ou mal, ce que certains appellent un conflit de normes, choisir sinon le bien, du moins le moindre mal vivre, c’est en permanence proposer ses propres normes, sa propre façon de fonctionner, à un milieu qui peut être un milieu de travail, façonné déjà par des myriades d’autres êtres vivants qui y ont déposé au long de l’histoire leurs propres normes et façons de faire. D’où des conflits inévitables.

Or un conflit de normes ne peut être tranché que par des valeurs, que ce soit la solidarité, l’appât du gain, la recherche de la performance… Une chose est certaine, ces valeurs émanent de l’individu vivant dans un milieu de travail.

Dans une société capitaliste, qu’est-ce que le travail ? « Une prestation rémunérée dans une société marchande et de droits », selon le philosophe marxiste Yves Schwartz. On met son activité à la disposition d’un employeur moyennant rémunération. On va échanger de l’activité contre de l’argent. Or il s’agit là de grandeurs incommensurables ! Dans l’activité, il y a débat de normes et donc de valeurs, or les valeurs c’est du qualitatif, que ce soit la solidarité ou l’appât du gain.  Ce système d’échange a dans l’ensemble fonctionné, cahin-caha, notamment grâce aux droits et à leur capacité de régulation. Le salarié n’échange que de l’activité, les stratégies qui sont derrière ne sont pas incluses dans l’échange. Le capital se désintéresse de l’activité gestuelle ou intellectuelle au profit d’une gestion par les résultats. C’est le « blanchiment de l’activité », dont l’application extrême a été fournie à France Télécom. D’autant qu’une fraction majoritaire du travail a basculé vers les activités de services où l’activité de travail est de moins en moins repérable par des repères matériels. Etre de purs exécutants, ce n’est pas vivre. Et c’est impossible. La tentation d’imposer cet « invivable impossible » est cependant bien réelle.

Il est totalement illusoire d’imaginer des relations de travail sans contradictions. Le mythe d’une collectivité harmonieuse appartient à la panoplie propagandiste des régimes les plus autoritaires. Gouverner, diriger, c’est gérer le moins mal possible cet « impossible invivable » qu’est le travail. Quelles que soient leurs limites, les institutions sanitaires et les droits conquis de haute lutte par les salariés constituent en ce sens des points d’appui indispensables.

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