
La Région doit-elle gérer le rail ?

La Région Occitanie lutte depuis des années contre le désengagement de l’état et soutient le transport voyageurs ferré.
Région transports. Dans le cadre des négociations entre la Région, l’État et la SNCF, la décision de confier la gestion de deux lignes de chemin de fer à la Région fait débat.
La Région sans relâche, lutte depuis des années contre le désengagement, soutient le transport voyageurs ferré, augmente l’offre dans le cadre de ses attributions d’autorité organisatrice, et plaide sans cesse pour l’unicité de l’entreprise. Et ce n’est pas facile. Pendant ce temps, l’État et la SNCF continuent d’abîmer l’entreprise nationale, son service rendu et le sort des agents. Dans ce domaine, l’Occitanie/Pyrénées-Méditerranée est en pointe. Le constat est partagé.
L’État fait tout pour se défausser
Du côté de la présidence, Carole Delga, dans son courrier du 11 février adressé aux organisations syndicales est sans ambiguïté : « Le réseau est vieillissant.(…). Ces dernières années, la direction de SNCF Réseau s’est désengagée de tout investissement sur ces lignes (LDFT)*. Les travaux, doivent pourtant être réalisés pour éviter les limitations de vitesse ou les suspensions provisoires d’autorisation de circulation, comme c’est le cas depuis le 2 décembre, sur le nord de la ligne de l’Aubrac. Ce qui a conduit la Région à investir près de 200 millions d’euros en travaux d’urgence ». Elle poursuit : « Pour faire face sur le long terme, la Région a voté en novembre 2020 un nouveau plan rail de 800 millions, unique en France… ». L’État a lui limité ses participations à 33,3 %! Les négociations, non terminées, sont dures.
Du côté du PCF, le communiqué de presse régional du 12 février réaffirme la position de l’organisation. Il dénonce le désengagement de l’État et particulièrement le refus de SNCF Réseau de financer l’amélioration et la mise à jour des dessertes fines de la Région, soit 1 430 km : « Les besoins de financement sur ces LDFT ont été identifiés à hauteur de 1 milliard 500 millions d’ici 2030-32 environ. La Région a décidé en octobre dernier d’un plan rail de 800 millions pour répondre à ces enjeux. L’État doit engager le même niveau financier si nous ne voulons pas voir disparaître l’entreprise publique SNCF et une grande partie des lignes de la Région (…) .Notre action, celle des communistes et de leurs élus est permanente depuis de nombreuses années… ». Le PCF appelle les les citoyens à l’action.
Quant au syndicat majoritaire CGT, il dénonce aussi l’attitude le l’État, et précise sa position dans un texte du 4 février. « Le constat est partagé. État et SNCF Réseau refusent d’investir (…). Dorénavant, pour que l’État et SNCF Réseau investissent sur les lignes, il faut qu’elles soient rentables. En effet, le contrat de performance impose à SNCF Réseau de ne plus investir sur les petites lignes régionales, non rentables(…). Estimant alors que les deux lignes Montréjeau-Luchon, et Alès-Bessèges, ne peuvent être rentables, SNCF Réseau traîne les pieds et met tout en œuvre pour entraver la réouverture de ces lignes ».
La crainte face à la gestion de deux lignes

Depuis 2012, la ligne Alès-Bessèges est fermée.
Depuis 2012, Alès-Bessèges est fermée. Plus d’entretien, plus de cheminots, plus de gares. La ligne Montréjeau-Luchon l’est aussi. Les luttes menées par les usagers, les cheminots, les élus locaux et le Conseil régional n’auront pas suffi. « Nous devons être clair. Nous n’avons pas choisi cette situation. Nous sommes attachés à l’unicité de l’entreprise. Et nous nous battrons pour qu’elles redeviennent des lignes SNCF normales. Ces lignes, après notre décision du vendredi 13 février, vont rester la propriété de l’entreprise nationale. Ce sont des cheminots qui la feront fonctionner, dans le cadre de la convention TER. Je précise qu’il s’agit là de réouvertures de lignes fermées il y a quelques années », explique Jean-Luc Gibelin, vice-président chargé des transports au Conseil régional. « Cette situation nous a conduit, à titre expérimental et provisoire, à demander le transfert de gestion de ces lignes, tout en maintenant celles-ci dans le réseau ferré national », note Carole Delga dans son courrier aux organisations syndicales. Elle ajoute : « Il est important de rappeler que, selon les termes de l’article 6 de la convention TER, la Région a fait le choix que les circulations sur les deux lignes relèvent de SNCF Voyageurs. C’est un engagement ferme de notre part ». Elle conclut : « Puisque ces deux lignes ne sont pas circulées, (…), il reviendra à SNCF voyageurs d’y assurer les circulations de train, et ces réouvertures seront source de créations d’emplois de cheminots au cœur des territoires ». Pour être bien comprise de l’ensemble des syndicats, elle réaffirme : « Je reste attachée à l’unicité du réseau français ».
La CGT, de son côté, a tenu, d’une certaine manière, à alerter, et à contester cette décision du Conseil régional. Elle voit dans cette prise en charge de la gestion des lignes par la Région, le doigt mis dans l’engrenage du démantèlement de l’entreprise régionale, de la « régionalisation » de l’entreprise de service public. Elle y voit un recul. Et si elle reconnaît que « durant ce mandat, la majorité du Conseil régional a marqué sa volonté de développer le service public SNCF au travers de plusieurs investissements dans le matériel, les techni-centres et le réseau », les contestations, à ce jour, restent rudes. Assurément, les discussions vont se poursuivre.
* Lignes Alès-Bessèges et
Montréjeau-Luchon
* LDFT : Ligne de Desserte Fine du Territoire
Des nouvelles du comité d’usagers de la ligne du Train Jaune

Viste de Jean Luc GIBELIN vice president de la region Occitanie Pays Catalan charge des transports en gare de Villefranche de Conflent.
Mardi16 février, plus de 120 personnes sont restées sur le quai de la gare de Villefranche-de-Conflent, faute de place dans le Train Jaune car seule une rame à deux pièces, soit 100 voyageurs, avait été prévue. 60 personnes ont dû être remboursées, les autres reviendront (peut être) quand elles le pourront. Il est vrai que personne n’aurait pu prévoir que nous allions rentrer en période de vacances scolaires et qu’à défaut de ski le Train Jaune pouvait constituer une belle alternative à la neige….
Quand on vous dit qu’il faut tout revoir de A à Z sur cette ligne.
On y travaille !