La Libération vue par le MEDEF 66

La Libération vue par le MEDEF 66

Une révision de l’histoire pas si innocente et anodine qu’à première vue.

Mémoire

Une révision de l’histoire pas si innocente et anodine qu’à première vue.

Nous connaissons la propension des forces réactionnaires à réécrire largement l’histoire, essentiellement pour en gommer les aspects qui donnent du sens aux mobilisations et luttes émancipatrices des peuples. Faire perdre ces repères est essentiel pour ensuite distiller des considérations qui semblent être pétries de bon sens. Ces manigances se déploient aussi à notre niveau. Ainsi, le président du MEDEF 66 se livre-t-il à cet exercice pour évoquer l’année 2025.

Une histoire façon MEDEF

Dans un édito publié sur le site patronal, il salue le 80e anniversaire de l’armistice de 1945 ! Premier glissement sémantique : le 8 mai, c’est la capitulation sans condition des armées nazies qui est célébrée, après l’échec de l’Allemagne hitlérienne à conclure une paix séparée avec les Occidentaux.

Secundo, quelques lignes plus loin, le président du MEDEF 66 loue les alliés étrangers qui ont permis la Libération – les Américains, les Britanniques, les Australiens, les Canadiens – mais une brusque amnésie lui fait gommer toute référence à l’URSS, dont vingt-cinq millions de civils et militaires ont péri pour battre le fascisme.

Plus loin encore, il livre sa pensée sur le peu de poids militaire qu’aurait eu la Résistance dans la libération de notre pays, malgré ses dizaines de milliers de déportés, internés, fusillés. Or, la Résistance, c’est aussi le programme du CNR et des Jours heureux, qui dote, à la Libération, notre pays d’un modèle social et économique innovant, indépendant et attentif aux besoins des salariés et de la population. Ce programme, pour lequel le CNPF (l’ancêtre du MEDEF) n’avait qu’un objectif : sa démolition. Objectif que poursuit encore aujourd’hui le MEDEF.

Alors, quel est l’intérêt de ces trous dans la raquette de la mémoire historique ? Le président du MEDEF 66 nous le livre, dans un vibrant appel à l’union sacrée devant la crise, justifiant que « des choix difficiles devront être faits par nos gouvernants » pour réduire le déficit et emprunter trois cents milliards à cette fin. Face à ces contraintes, il appelle les patrons à « s’adapter comme toujours ». Une formule qui pourrait sinistrement faire écho au comportement de nombreux grands patrons qui, avant la Libération en 1945, s’étaient adaptés aux idées rances des ancêtres fondateurs du RN et à la collaboration avec la puissance occupante. Une adaptation chère à Bolloré, Musk ou Stérin et son projet PÉRICLÈS.

M. C.

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