La déprogrammation de la recherche publique ?

Universités. Les enseignants-chercheurs et précaires du monde scientifique se mobilisent après l’annonce de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche qui doit être appliquée cette année dans les Universités.

Le 23 septembre 2019, trois rapports ont dévoilé les mesures emblématiques de la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche. Cette loi, présentée initialement comme un loi de programmation budgétaire, provoque des remous chez les enseignants-chercheurs qui ne manquent pas de dénoncer l’opacité dont fait preuve le ministère sur ce sujet. On sait ainsi que le statut des enseignants-chercheurs est directement mis en cause en prévoyant une refonte des catégories de métiers. De fait la loi permet de passer outre le recrutement par les pairs cher au monde académique, le remplaçant par des dérogations nombreuses. Parmi les exemples les plus notables, l’introduction d’un CDI de mission scientifique. Ou la création d’une chaire de professeur limitée à cinq ou six ans et devant conduire à une titularisation, appelée «tenure track » et déjà en place dans les universités anglo-saxonnes.

Le monde universitaire craque

La déclaration de la ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation concernant une augmentation de la rémunération des chargés de recherche et des maîtres de conférences égale à «au moins deux Smic» n’a pas rencontré l’enthousiasme. En outre, la loi généralise le financement sur projets. L’attente du rapport s’accompagnait de l’espoir d’un investissement massif de l’État dans la recherche, tandis que le ministère n’a pas, pour l’instant, confirmé le montant des sommes qui devraient être allouées à l’enseignement supérieur. C’est en particulier les jeunes chercheurs qui vont souffrir des conséquences de la réforme sur la recherche publique. Depuis plusieurs années le nombre de postes offerts aux jeunes chercheurs est en baisse drastique alors que le boom des années 2000 amène une génération encore plus nombreuse d’étudiants. De même, faute d’un véritable statut, la précarisation des jeunes chercheurs, pointée du doigt par les manifestants, est une réalité déjà bien ancrée. Les contrats, mal rémunérés, n’ouvrent pas droit aux cotisations chômage, ni retraite. Quant aux doctorants n’ayant pu bénéficier d’un contrat, ils vivotent au gré des petits boulots et des allocations. Leur situation devient irrémédiablement un véritable enfer si on y ajoute la charge mentale de la thèse.

Suite à la publication du rapport, les universitaires ont rejoint le mouvement social initié contre la réforme des retraites. Le 13 février dernier, Frédérique Vidal, venue pour échanger sur le contenu de la réforme, a donc été accueillie par les huées des chercheurs du CNRS. Le monde universitaire, en recherche de sens, est aujourd’hui prêt à craquer.

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