La balade randonneur. Saint-Martin du Canigou

La balade randonneur. Saint-Martin du Canigou

Le P.O.T. Rando’ Club(*) vous propose : dimanche le 7 avril 2024 de faire une balade

Durée : 3h45. Dénivelé : 620m. Difficulté : moyen. Conditions : licence annuelle 35 euros. Repas grillade : apporter apéro, vin, eau, viande… Départ : 8h30 au parking de la piscine du Moulin à Vent à Perpignan.

Un peu d’histoire…

Le monastère du Canigou, construit sur le versant du mont Canigou, est perché à 1055 m d’altitude, sur un petit plateau rocheux dominant un précipice. C’est l’une des premières manifestations de l’art roman dans le Midi.

Plusieurs textes, datés entre 997 et l’an mille, font mention d’un premier lieu de culte déjà dédié à saint Martin de Tours. Il fut créé par le comte de Cerdagne, Guifred II, et son épouse Guisla dans le but d’y loger une communauté bénédictine.

Une charte du 14 juillet 1007 évoque pour la première fois la fondation de l’abbaye et les importantes donations qu’elle reçut. Contrairement à ses sœurs (Saint-André d’Eixalada, Saint-Génis des Fontaines ou Sainte-Marie d’Arles-sur-Tech…) elle n’est pas l’œuvre d’un religieux, mais d’un laïc. Son cas est unique dans la région.

La tour-clocher et… l’église supérieure de Saint-Martin

Le 10 novembre 1009, l’église, placée sous la protection de Martin, Marie et Michel, était consacrée par l’évêque d’Elne Oliba en présence du comte de Cerdagne et de son frère, l’abbé de Saint-Michel de Cuxa. La tour-clocher et… l’église supérieure de Saint-MartinL’acte de consécration précise que l’architecte est un nommé Sclua, venu de Cuxa, qui en deviendra le premier abbé.

La dédicace à Saint Martin, à la Vierge Marie et à Saint Michel s’exprime dans la structure de l’église à étage et à tour-clocher : l’église basse est vouée à Marie. L’église haute à saint Martin ; et une chapelle dédiée à saint Michel est logée dans la tour.

L’abbatiale fut agrandie et connut une seconde consécration en 1014 ou en 1026 selon les sources.

Le comte, à l’image du père Oliba Cabreta qui se retira au Mont-Cassin, prit sa retraite à Saint-Martin, où il aurait creusé sa tombe dans le roc, au pied du clocher. Il y mourut le 31 juillet 1049.

La singulière implantation du monastère dans un lieu d’accès difficile s’explique en partie par l’insécurité que l’Islam faisait alors régner dans la communauté chrétienne. Mais, à cause entre autres de sa position isolée, perdue dans les montagnes, l’abbaye ne parvint pas obtenir un grand rayonnement.

Dès le début du XIIe siècle, elle montra quelques signes de déclin. Ainsi fut-elle rattachée au monastère de La Grasse malgré l’opposition des moines. Un violent conflit s’ensuivit, que le pape Alexandre III résolut enfin en 1163.

Mais la chute matérielle et spirituelle était irrémédiablement enclenchée, malgré plusieurs tentatives de restauration

Le terrible tremblement de terre qui secoua la région en 1428 décapita le clocher, renversa plusieurs bâtiments et ébranla l’église. Les efforts de l’évêque d’Elne pour trouver l’argent nécessaire aux réparations restèrent insuffisants. Dix ans plus tard, elles n’étaient toujours pas achevées.

Le chevet de l’église haute dédiée à St-Martin

Le régime de la commende, instauré dès 1506, accéléra le processus de décadence et, en 1782, l’abbaye était sécularisée.

Avec le départ des six religieux restants, le 3 septembre 1783, on procéda à la fermeture des églises et à la distribution du mobilier liturgique dans les églises des environs.

Laissés à l’abandon ou réduits à l’état de carrières de pierres, les bâtiments devaient renaître de leurs cendres grâce à la volonté d’un homme, Jules Louis de Carsalade du Pont, évêque de Perpignan de 1902 à 1932. Nous lui devons l’essentiel de de la restauration du monastère.

De 1952 à 1983, dom Bernard de Chabannes achève la restauration de l’abbaye et y rétablit la vie spirituelle.

En 1988 Mgr Jean Chabbert, évêque de Perpignan-Elne confia l’abbaye à la Communauté des Béatitudes avec une mission de prière et d’accueil touristique et spirituel.

Saint-Martin du Canigou est exceptionnel par le parti architectural adopté pour ses deux églises orientées : non seulement elles sont superposées, mais elles ont le même plan basilical, de dimensions comparables et entièrement voûtées.

L’église supérieure le chœur de la crypte ou église basse

Elles sont aussi remarquables parla variété des types de couvrement employés pour les voûter.

Église basse et église haute sont formées de trois vaisseaux dont les voûtes sont portées par des colonnes, sauf dans la moitié côté nef de l’église basse, où ce sont des piliers cruciformes. Les moitiés côté chœur des deux églises auraient été construites pour la consécration de 1009 ; puis les deux églises auraient doublé en longueur pour la seconde consécration.

Le vaisseau central de la nef de l’église basse dont les voûtes sont portées par des milliers cruciformes et dans le chœur de la crypte les colonnes sont noyées dans des milliers maçonnés. (en bas à droite)

Replacée dans une histoire régionale de la construction, la technique du pilier cruciforme apparaît comme un progrès ; on ne l’aura appliquée que dans l’église basse, placée sous la charge de l’église haute ; mais, pour cette dernière où elle était moins nécessaire, on aura privilégié le parti primitif de grandes arcades à colonnes monolithes.

On ne saurait trop en revanche quelle date il faut donner à la chapelle Saint-Gaudérique, qui flanque l’église à droite. Elle pourrait être de la seconde campagne, car en 1012-1013 le monastère avait acquis des reliques de Saint-Gaudérique.

La tour-clocher n’est pas intégrée à la structure de l’église mais accolée à son flanc nord, contre le chevet.

Cette chapelle dédiée à St Michel, dont le sanctuaire fait saillie en surplomb à l’extérieur de la tour, est rituellement placée comme la plupart des chapelles de l’archange, en hauteur et à proximité des portes : celle du monastère était à côté de la tour.

Les parties supérieures ornées de lésènes sont peut-être de la seconde campagne.

La hauteur actuelle de la tour-clocher n’est que de 19 m, ayant été écimée lors du tremblement de terre de 1428 et jamais entièrement reconstruite.

Le cloître a été entièrement détruit. Il était à l’image de l’église, entouré de galeries basses et hautes, ces dernières seulement en charpente. Mgr de Carsalade a fait remonter en une galerie unique, ouverte non pas sur le préau d’un cloître mais sur le paysage de la vallée, des chapiteaux retrouvés sur place ou dans la région et supposés provenir de l’abbaye. Les chapiteaux de marbre blanc, avec ornement et bestiaire, sont datés vers 1170 ; les chapiteaux de marbre rose ou vert, avec la figure humaine, représentant la vie monastique parfaite et les vices qui la menacent, relèvent d’un roman tardif, pas antérieur au milieu du XIIIe siècle.

Du temps des ruines

Au XIXe siècle l’abbaye devient une ruine que les Voyages pittoresques* rendent célèbre. En 1902, Mgr de Carsalade du Pont, évêque de Perpignan, entreprend de la réanimer et de la restaurer.

« Le monastère de Saint-Martin n’est plus qu’un amas de ruines, et le pâtre de ces montagnes, dans ses veillées, a vu quelque fois l’ombre d’un moine, agenouillé sur le sommet d’un rocher, tracer de ses doigts décharnés une croix mystérieuse, et conjurer l’orage qui, sous la forme d’un nuage noir couronné d’éclairs livides, allait dans sa tourmente renverser et enlever les derniers débris de ces murailles, qui bravent depuis tant de siècles sous cette protection, les ouragans et le tonnerre. On ne redescend pas de ce Montserrat sans de tristes pensées, et l’on comprend très bien que les hommes frivoles du XVIIIe s. n’ont pu en supporter la demeure. »

Taylor, Nodier, De Cailleux Voyages romantiques et pittoresques dans l’ancienne France. 1835

Pour se renseigner, tél à Jean-François : 04 68 56 81 03 / 06 20 40 63 05

(*) Le Perpignan Omnisports des Travailleurs-es, association affiliée à la F.S.G.T.

Jean-François Menny

TAGS