La balade du randonneur. Llauro

La balade du randonneur. Llauro

Le P.O.T. Rando’ Club(*) vous invite dimanche 25 février 2024 à faire une balade.

Durée : 3h50. Dénivelé : 420m. Difficulté : facile. Conditions : licence annuelle 35 euros. Repas grillade : apporter apéro, vin, eau, viande… Départ : 8h45 au parking de la piscine du Moulin à Vent à Perpignan.

Llauro de l’ère carolingienne aux rois de Mallorca

L’occupation du site de Llauro remonte aux temps préhistoriques. On dénombre en effet deux dolmens sur le territoire de la commune. Le premier, la Cabana del Moro, est situé sur une hauteur au nord-est du village, sur la rive gauche du Monà ; le second se trouve au Serrat de Galuert, dans un petit bois à proximité de casot del Duc.

Dolmen de Galuert

Il nous faut cependant attendre l’an 814 pour voir le village cité dans une charte où il constitue la limite nord de Céret. À cette époque, on le trouve mentionné sous la forme villa Laurosone, une graphie qui variera au fil des siècles et selon les fantaisies des scribes : villa Lauresono en 899, Laurisoni en 1010, Laursione en 1011, Lersione en 1017.

La forme Lauronum, qui donnera Lauro, puis Llauro, n’apparaît pour sa part qu’à la fin du XIIe siècle.

Cette multiplicité de formes a entrainé de nombreuses interprétations étymologiques concernant le nom de ce village.

Certains y ont vu une liaison avec le laurier, d’autres ont évoqué une divinité pyrénéenne (Larraso ou Larrason), autant d’interprétations qui nous laissent sceptiques.

Pour notre part, nous préférons voir en Llauro un dérivé du verbe latin laborare : Llauro serait un ensemble de terres livrées au défrichement (et aux travaux des champs) sans doute durant le haut Moyen Age, les textes faisant défaut pour une datation plus précise.

C’est en 899 que la villa Lauresono est citée pour elle-même : cette année-là, Charles le Simple fait rédiger un précepte dans lequel il confirme que « son fidèle Estève » possède de nombreux biens sur le territoire de Llauro. Nous ne savons pas trop qui est cet Estève dont l’épouse s’appelle Anne.

En 1017, Bernat Tallafero, seigneur de Besalù, dans le comté duquel était compris Llauro dote l’église de St-Sauveur de Besalù de deux domaines situés dans le village. Ces deux domaines, nous précise le texte, sont tenus par deux vassaux du comte Bernat nommés Adalbert et Bernat.

À la fin du XIIe siècle est mentionnée l’existence d’une famille de Llauro : en 1197, Pere de Llauro est témoin signataire d’une convention entre le seigneur de Cortsavi et l’abbé d‘Arles. Quarante ans plus tard, c’est Ramon, un des fils de Pere de Llauro, qui rédige son testament le 10 mai 1235.

À cette époque, Llauro appartenait aux seigneurs de Céret, notamment Jofre de Céret, qui dans son testament, rédigé en 1239, désigne ses deux fils Galceran et Berenger comme héritiers de sa seigneurie de Llauro La famille de Céret semble s’éteindre dans les années 1270-75, et la plupart de ses biens sont récupérés par Guillem VI, vicomte de Castellnou .

Quant à la famille de Llauro, elle semble jouer le rôle de châtelaine du village ainsi que l’indique un acte de 1272 dans lequel Beatrix de Llauro et sa fille prêtent serment d’hommage pour « le castell et la forcia de Llauro » auprès du vicomte Guillem de Castellnou.

Bérenger, sans doute le dernier seigneur de Céret, meurt à cette époque : selon une des clauses de son testament, la seigneurie est mise en vente en 1273, et les habitants du village décident d’acheter tous les droits de cette seigneurie,

Le 27 août 1273 les habitants de Llauro choisissent pour seigneur l’infant Jaume, futur roi de Mallorca. Lorsque celui-ci sera devenu le roi Jaume II de Mallorca, il montrera en tout cas sa reconnaissance aux gens de Llauro en leur accordant des privilèges considérables pour l’époque. Par la suite, Llauro demeurera « ville royale » jusqu’à la Révolution.

Les privilèges de Llauro

Parmi les copies de la plupart des textes importants de cette fin du XIIIe siècle, nous avons l’acte par lequel les habitants du village se donnent à l’infant Jaume puis lui prêtent serment de fidélité. Ce serment est reçu au nom du nouveau seigneur par Guillem de Vilarasa, viguier du Roussillon, devant qui 21 chefs de famille se succèdent le 24 août 1273, puis 18 peu de jours après.

Si l’on estime que chacun de ces chefs de famille représente environ cinq personnes, on peut penser que la population de Llauro frôle les 200 habitants, un total impressionnant lorsqu’on le compare aux chiffres de la fin du XIVe siècle, et qui montre à quel point la population s’était développée avant les grandes pestes.

En 1279 et en 1280, l’infant Jaume, devenu roi et sans doute désireux de remercier les gens de Llauro, leur accorde un certain nombre de privilèges très appréciables à une époque où seules les villes de quelque importance pouvaient en bénéficier.

En 1279, ils sont affranchis des droits seigneuriaux qui consistaient en prélèvements abusifs, généralement perçus sur les récoltes par des seigneurs désireux d’accroître leurs revenus sous prétexte de protéger les paysans. Ils sont des variantes de la taille, futur impôt royal, mais qui est à l’origine un prélèvement seigneurial.

En 1280, le roi de Mallorca cède à la population du village une vaste surface boisée, vraisemblablement une forêt (nemus), dont le texte de la charte nous fournit les limites : « Quidem nemus est in termino Llaurono et affruntat ex una parte in ripparia et ex alia parte in rivo discurrente a fonte, et ex alia parte in vineis de Las Famades, et ex alia parte in terra Petri Ramondi »

Autrement dit, cette forêt située sur le territoire de Llauro est limitée d’une part par la rivière (sans doute le Monà), d’autre part par un ruisseau venant d’une fontaine, enfin par les vignes situées au lieu-dit les Femades et par une terre appartenant à Pere Ramon.

Il s’agit du bois communal (el Comù), dont les droits de propriété seront souvent remis en cause à partir du XVIIIe siècle, les habitants de Llauro exhibant chaque fois les copies de l’acte de 1280.

Llauro dans le royaume d’Aragon

Lorsque l’éphémère royaume de Mallorca fut à nouveau réuni à la couronne aragonaise, Pere III, le cérémonieux, prit naturellement possession de Llauro et s’en appropria les revenus.

Sous le règne de ce même roi eurent lieu les premiers fogatges, ou recensements de feux, dont nous avons gardé la trace : en 1356, il y avait à Llauro six feux (foyers d’habitations), ce qui laisse supposer une population d’environ trente habitants tout au plus.

Il semble que la peste noire, apparue en Europe en 1348, ait décimé le village dans des proportions considérables (on en dénombrait 39 feux en 1273).

À la fin du XVe siècle la population remontera à huit feux, mais il faudra attendre le début du XVIIIe siècle pour retrouver des chiffres comparables à ceux de 1273 (32 feux en 1725).

Au cours de ce XIVe siècle, diverses propriétés changèrent de main : elles furent vendues (après accord du roi)), et le roi lui-même donna concession de Llauro, en 1381, à l’épouse du chevalier Bernat d’Oms, Constance de Puigalt, qui était issue de Llauro. Un peu plus tard, cette concession sera confirmée sous le règne de son fils Joan 1er.

Puis ce fut Joan 1er lui-même qui vendit à son épouse, la reine Iolanda de Bar, les lieux de Llauro et de Tresserra, ainsi que les justices de Paçà, Vilamoca, Forques, Tordères, Llupia et Terrats, pour le prix de 2000 florins/or d’Aragon. Cette somme devait servir à armer des galères pour l’envoi de munitions et de vivres en Sicile, afin de secourir Marti le Jeune, son neveu, mis en difficulté par le soulèvement de la Sardaigne.

Lorsque cette reine Iolanda devint veuve en 1399, elle vendit les lieux de Llauro et Tresserra, ainsi que les diverses autres justices, au chevalier Ponç de Perellos. De telles pratiques étaient fréquentes à une époque où les souverains, très endettés, avaient recours à des créanciers, nobles ou non, auxquels ils offraient les revenus de certains fiefs en échange de leur aide financière ou, le plus souvent, pour éponger une dette dont ils n’avaient pu s’acquitter.

Quelques décennies plus tard, mais nous ne savons pas exactement quand, le village de Llauro devait toutefois revenir sous la tutelle royale. En ce qui concerne le XVIe siècle, nous n’avons que peu d’informations dignes d’intérêts.

Vient le XVIIe siècle, avec les importants bouleversements qui vont transformer le statut du Roussillon à partir de 1640 : les Catalans se trouvaient en guerre contre l’armée d’Espagne, qui venait d’envahir toute la Catalogne ; Barcelona s’était soulevée ; Perpignan se voyait tout entière aux mains de cette armée hostile ; les vivres manquaient de toutes parts.

L’Espagne se trouvait également en guerre contre la France. Pensant mettre un terme à l’invasion de ces Castillans méprisés, les Catalans font appel au roi de France ; et, pour concrétiser l’alliance demandée et désirée, ils nomment Louis XIII comte de Barcelona.

Afin de combattre l’ennemi espagnol, une taxe fut prélevée sur les Catalans des comarques du nord, et Llauro n’en fut pax exempté : en 1643 le village sera taxé de 2 livre 20 deniers pour 17 maisons.

On connait la suite, marquée par le traité des Pyrénées signé le 7 novembre 1659 : le Roussillon se retrouve rattaché à la France et Llauro doit peu à peu se familiariser à une langue qui lui est totalement étrangère. Ce sera long, très long.

Songeons qu’au début du XIXe siècle le curé du village rédigeait encore les textes paroissiaux en catalan (jusqu’en 1840), et qu’il faudra attendre la politique scolaire de la IIIe République pour que le français cesse d’être perçu comme une langue étrangère.

Le village et la vie quotidienne

Le village de Llauro s’est bâti sur une butte calcaire, autour de son église, dédiée à St Martin. Elle est mentionnée pour la 1ère fois en 1010 dans l’acte de consécration de l’église St Michel de Montauriol d’Amunt.

Cette église, rebâtie par la suite, sera fortifiée et entourée d’une petite enceinte où se trouvait le cimetière et les greniers à vivres (la cellera) , greniers collectifs où étaient entreposés grains, vin, huile, farine et autres denrées nécessaires à la subsistance des villageois.

Par la suite, la population augmentant, il a fallu construire une nouvelle enceinte (sans doute au début du royaume de Mallorca), mais il ne nous reste pratiquement plus aucun vestige de celle-ci, les agrandissements et les aménagements du XIXe siècle étant passés par là.

Si la population s’était groupée dans son ensemble autour de l’église, les abords de la Calcina avaient vu s’installer un groupe de petites maisons qui avaient fini par former une sorte de hameau, qu’on appelait « los Masos », dénomination fréquente en moyenne montagne. Le premier cadastre, réalisé au début du XIXe siècle, les appelle « les Cases de la Calcina », et elles sont alors une bonne dizaine.

De quoi vivaient les habitants ? Essentiellement de l’agriculture traditionnelle, les vertus du chêne-liège étant alors quasiment inconnues. La présence de la vigne est attestée dès l’époque carolingienne et le reste est composé de champs et de feixes patiemment défrichés dans un terroir peu propice à la culture des céréales.

À proximité du village, se trouvaient les vergers, dont le souvenir est conservé par le lieu-dit Les Trilles. L’élevage était aussi une ressource importante, sur laquelle nous n’avons que des données fragmentaires avant le XVIIIe siècle. En 1720, le village possède en tout 790 moutons, 162 chèvres, 8 bœufs et 2 vaches.

Pour le reste, on peut noter que la Calcina ainsi que son l’indique, était depuis longtemps parsemée de fours à chaux, un complément appréciable aux ressources villageoises.

L’existence d’un lieu-dit El Mener nous montre enfin que les habitants de Llauro connaissaient depuis longtemps l’existence de ressources minières au sud de leur commune, fer et plomb essentiellement.

Llauro, capitale du bouchon

Des traces de présence de chêne-liège dans notre département, vieilles de 9000 ans, attestent que l’arbre est ici chez lui, surtout dans les massifs des Albères et des Aspres. Son exploitation débutera en même temps que le XIXe siècle et, dès 1836, Jaubert de Passa note « que cet arbre prospère donne un riche produit dans les communes de Passa, Llauro, Vivès et Oms ».

En fait, les ravages faits au vignoble par le phylloxéra déclencheront un peu plus tard une extension de sa culture et de l’exploitation du liège. A Llauro, si 218 hectares étaient plantés en chêne-liège en 1827, la superficie est de 317 hectares en 1939.

Plusieurs légendes narrent la naissance du tout premier bouchon de liège mais nous retiendrons celle de Dom Pérignon, « l’inventeur du champagne » qui, vers 1700, traverse le Roussillon et se rend compte que les moines utilisent le liège pour obturer leurs gourdes. Il va en déduire que ce liège pourrait être la fermeture idéale pour son vin pétillant. Nous connaissons la suite.

À Llauro, dès 1825, on signale la présence d’ouvriers bouchonniers d’origine espagnole et en 1837, l’Almanach des P.O. cite : « on ouvre à Llauro et Passa une partie du liège qui se récolte dans le département ». En 1856, on relève douze bouchonniers à Llauro, six à Fourques et un à Passa. En 1876, ils sont vingt à Llauro et dix à Fourques.

Pendant la première moitié du XXe siècle, la vie économique de Llauro dépend du bouchon, l’agriculture étant quasiment inexistante sauf le petit lopin de terre, quelques cerisiers ou un jardin familial. Le salaire d’un bouchonnier, souvent payé au rendement, est supérieur à celui d’un ouvrier agricole -en 1925,un homme gagne 14 francs par jour, 7 francs pour une femme- et on peut travailler le soir, chez soi en famille.

Et puis vient le déclin dont les causes sont multiples : la situation de Llauro, loin des axes principaux de communication, sa condition plus artisanale qu’industrielle, la concurrence étrangère (Espagne, Portugal), l’apparition de nouveaux bouchons en plastique, les incendies détruisant les plantations.

De 350 habitants en 1891, 270 en 1927, le village en compte 191 en 1962. La remontée sera due essentiellement à la position géographique et son cadre de vie agréable. De 1999 à nos jours, la population est passée de 273 à près de 350 habitants, elle a retrouvé le point haut de son passé bouchonnier.

Le chêne-liège – Quercus suber

Suber veut dire « liège » en latin. Il est exploité pour son écorce qui fournit du liège. La subéraie désigne une forêt de chênes lièges.

Il peut atteindre 20 mètres de haut et vivre 300 ans voire même 800 ans. Ses feuilles sont petites, alternées, coriaces et épineuses. Elles persistent sur l’arbre pendant 2 ou 3 ans. Ses fruits, les glands, sont oblongs (qui est plus long que large) et réunis par deux et sont recouverts d’une cupule. L’écorce est épaisse, isolante et crevassée.

Le chêne-liège a été planté au XIXe siècle pour la récolte du liège. Le liège se récolte de la fin du printemps à la fin de l’été, tous les 9 a lorsque l’arbre est adulte. C’est-à-dire dès qu’il a 25 ans. Ce matériau est utilisé pour les bouchons, l’isolation, les sols, la décoration et les chaussures.

Pour se renseigner, tél à Jean-François : 04 68 56 81 03 / 06 20 40 63 05

(*) Le Perpignan Omnisports des Travailleurs-es, association affiliée à la F.S.G.T.

Jean-François Menny

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